Judée ou Palestine ? La preuve par les écrits chrétiens, Menahem Macina

27/05/2013

Ce dont je vais parler ici n’est pas nouveau. Je n’ai rien découvert qui ne soit connu des spécialistes. Pourtant, je crois indispensable de revisiter brièvement la question à l’intention des millions d’hommes et de femmes de bonne volonté qui croient sincèrement, sur la base d’une assonance verbale savamment instrumentalisée, que le pays où se sont  progressivement regroupés, depuis la fin du XIXe siècle, environ deux tiers de la population juive mondiale d’aujourd’hui, s’est toujours appelé « Palestine ». De cette conviction non critique, il découle fatalement que les Arabes de multiples nationalités – dont une infime minorité a vécu durant des siècles sur cette terre, avant d’y prospérer, à la faveur de la lente réhabilitation puis de l’extraordinaire mise en valeur du pays par les pionniers sionistes, et d’adopter le nom de « Palestiniens » – en sont les seuls citoyens légitimes, avec pour conséquence que les juifs n’en sont que des occupants.

Plutôt que de disserter à nouveau sur ce sujet complexe et polémique, je me contenterai de renvoyer à deux articles mis en ligne sur mon site debriefing (1), et d’ajouter les quelques précisions suivantes.

Quiconque connaît l’Antiquité et a lu les auteurs hellénistiques grecs et latins (même dans des traductions en langues modernes) n’aura pas manqué de remarquer que jamais le nom  « Palestine » ne désigne la terre d’Israël. Celle-ci est invariablement appelée Judée, ou Juda.

Le corpus littéraire le plus fiable et le plus incontestable à cet égard, car rédigé et transmis (au début du IIe siècle de notre ère) par la tradition chrétienne et non par les Juifs, est celui du Nouveau Testament. Il suffit de parcourir les livres qui le composent pour constater la même absence abyssale du terme « Palestine » et la présence importante des termes « Judée » ou « Juda » (2).

Une énigme demeure toutefois : comment se fait-il que la quasi-totalité des biblistes, théologiens et historiens chrétiens aient repris à leur compte, de manière routinière et acritique, au fil des siècles, la dénomination de « Palestine » ? A ma connaissance, le seul chercheur à avoir proposé une piste sérieuse est Nicolas Baguelin. Je ne saurais trop recommander son article que j’ai repris et mis en ligne sur mon site debriefing (3).

On constatera les similitudes entre mes arguments et les siens, pourtant j’avais écrit mon texte sans avoir connaissance du sien. Fort heureusement en cherchant via Google si quelqu’un s’était intéressé à « l’énigme » que j’évoque, j’ai eu le bon réflexe d’introduire comme termes de recherche les mots « Palestine », « catéchisme » et autres termes contextuellement proches de la thématique qui m’occupe, et c’est ainsi que j’ai trouvé cet article.

Il n’a rien d’érudit ni de pompeux, mais il fait preuve d’une intuition remarquable, que je crois juste, outre qu’il n’hésite pas à mettre en garde les chrétiens contre l’antijudaïsme sous-jacent à la substitution inappropriée du nom Palestine, aux expressions traditionnelles que la littérature chrétienne elle-même utilise à bon escient, à savoir : « Judée », « Juda » et « terre d’Israël ».

© Menahem Macina

P.S.: Dernière minute: J’ai tenu à vérifier chez un auteur ecclésiastique non suspect, en l’occurrence, Irénée de Lyon, la présence ou l’absence du terme « Palestine » et éventuellement la présence de celui de « Judée ». Je n’ai pas été déçu. Non seulement le terme « Palestine » n’est jamais mentionné par ce Père, mais au chapitre 24 de son ouvrage intitulé « Démonstration de la prédication apostolique », rédigé vers la fin du IIe siècle de notre ère, on peut lire cette phrase instructive: « Quand [Abraham] arriva sur la terre qui est maintenant appelée Judée, [Dieu] lui apparut dans une vision et lui dit : Je te donnerai cette terre, ainsi qu’à ta descendance après toi, en possession éternelle.» (Autres mentions du terme « Judée » dans cette oeuvre d’Irénée, aux chapitres 40, 58, 63, 64, 65, 77, 86).

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Notes

(1) « Les Palestiniens – D’où viennent-ils? Que veulent-ils? », Par l’Abbé Alain René Arbez ;  « Le grand bluff du nom “Palestine” : Petit rappel pour les “ignorants de bonne foi” ».

(2) Judée, 46 fois: Mt 2, 1. 5. 22 ; 3, 1. 5; 4, 25 ; 19, 1 ; 24, 16 ; Mc 1, 5 ; 3, 7 ; 10, 1 ; 13, 14 ; Lc 1, 5. 65; 2, 4 ; 3, 1 ; 4, 44 ; 5, 17 ; 6, 17 ; 7, 17 ; 21, 21 ; 23, 5 ; Jn 3, 22; 4, 3. 47. 54 ; 7, 1. 3 ; 11, 7 ; Ac 1, 8 ; 2, 9. 14 ; 8, 1 ; 9, 31 ; 10, 37 ; 11, 1. 29 ; 12, 19 ; 15, 1 ; 21, 10 ; 26, 20 ; 28, 21 ; Rm 15, 31 ; 2 Co. 1, 16 ; Ga 1, 22 ; 1 Th 2, 14. Juda, 6 fois: Mt 2, 6 ; Lc 1, 39 ; He 7, 14 ; 8, 8 ; Ap 5, 5 ; 7, 5.

(3) « La Palestine, pays de Jésus » ?, par Nicolas Baguelin

 

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L’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes (1995-1996) Contributions M. Macina


Pour mémoire, il s’agit d’une bible comportant des dizaines de commentaires à connotations fortement antijudaïques, qui a défrayé la chronique judiciaire, médiatique et religieuse en France, entre 1995 et 1996. Suite à l’indifférence à laquelle je m’étais d’abord heurté en haut lieu, j’ai alerté les médias. Au cours des longs mois durant lesquels la controverse publique a fait rage entre l’éditeur (Saint Paul) et les organisations représentatives juives françaises, en synergie avec la LICRA, j’ai publié plusieurs dizaines d’articles et rédigé des analyses approfondies des textes contestés. J’ai également été étroitement associé aux négociations qui ont eu lieu entre Jean Kahn, Président du Consistoire de France, et Mgr Pierre Duprey, vice-Président du Conseil Pontifical pour l’Unité des Chrétiens, à Rome. Finalement, la Commission doctrinale de la Conférence des Évêques de France a voté, le 21 mars 1996, le refus de l’imprimatur. Cette décision a été rendue publique par un communiqué de la dite Commission, en date du 24 septembre 1996, reproduit dans la Lettre d’Information de la Conférence des Évêques de France n° 994, du 4 octobre 1996 (p. 2), et suivi d’un commentaire (non signé), intitulé : “Quelques exemples des refus de «Nihil obstat» des exégètes” (pp. 3-5).

LA BIBLE DES COMMUNAUTES CHRETIENNES

Sélection d’articles et de contributions concernant

la Bible des Communautés Chrétiennes

et sa nouvelle mouture : La Bible des peuples

Nota : Pour mémoire, il s’agit d’une bible comportant des dizaines de commentaires à connotations fortement antijudaïques, qui a défrayé la chronique judiciaire, médiatique et religieuse en France, entre 1995 et 1996. Suite à l’indifférence à laquelle je m’étais d’abord heurté en haut lieu, j’ai alerté les médias. Au cours des longs mois durant lesquels la controverse publique a fait rage entre l’éditeur (Saint Paul) et les organisations représentatives juives françaises, en synergie avec la LICRA, j’ai publié plusieurs dizaines d’articles et rédigé des analyses approfondies des textes contestés. J’ai également été étroitement associé aux négociations qui ont eu lieu entre Jean Kahn, Président du Consistoire de France, et Mgr Pierre Duprey, vice-Président du Conseil Pontifical pour l’Unité des Chrétiens. Finalement, la Commission doctrinale de la Conférence des Évêques de France a voté, le 21 mars 1996, le refus de l’imprimatur. Cette décision a été rendue publique par un communiqué de la dite Commission, en date du 24 septembre 1996, reproduit dans la Lettre d’Information de la Conférence des Évêques de France n° 994, du 4 octobre 1996 (p. 2), et suivi d’un commentaire (non signé), intitulé : “Quelques exemples des refus de «Nihil obstat» des exégètes” (pp. 3-5).

La liste ci-dessous se limite aux articles que j’ai rédigés.

1. “L’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes”, Les Nouveaux Cahiers (Revue trimestrielle juive impliquée dans le dialogue judéo-chrétien), n° 119, hiver 1994-1995, Paris, pp. 51-53.

2. “La Bible des Communautés Chrétiennes : une grave atteinte au dialogue entre judaïsme et christianisme”, Information juive (Mensuel juif publié par le Consistoire de France), n° 144, février 1995, Paris, p. 13.

3. “Un «enseignement du mépris» pour les siècles à venir”, Libération, quotidien français, 30 mars 1995, Paris, p. 8.

4. “Bras de fer entre l’Église et la Bible des Communautés chrétiennes”, Contact J (Mensuel juif de Belgique), n° 82, avril 1995, Bruxelles, p. 11.

5. “On parle de vous, mais on ne vous cause pas!”, Information juive (Mensuel juif publié par le Consistoire de France), n° 149, Mai 1995, Paris. Publié antérieurement dans Le Soir, quotidien belge, samedi-dimanche 22/23 April 1995, Bruxelles.

6. “Bible des Communautés Chrétiennes et Bible Latino-américaine : même procès?”, La Croix-L’Évènement (quotidien catholique français), 28 avril 1995, Paris, p. 22. Publié également dans Sens, Juifs et Chrétiens dans le monde d’aujourd’hui (revue trimestrielle publiée par les Amitiés judéo-chrétienne de France), n° 199, juin 1995, Paris, p. 241.

7. “Entretien avec Menahem Macina : «Cette Bible est insultante pour nous»”, interview par Actualité Juive (hebdomadaire juif français), n° 427, 4 mai 1995, Paris, p. 18.

8. “Qui souffle sur la braise?»”, Regards (Mensuel juif de Belgique), n° 357, 4-17 mai 1995, Bruxelles, pp. 48-49.

9. “Une Bible pas très catholique? À brûle-pourpoint : Menahem Macina, chercheur à l’Institut orientaliste de l’UCL”, interview par Louvain (Revue bi-mensuelle de l’Université de Louvain), n° 98, mai 1995, Louvain-la-Neuve (Belgique), p. 7.

10. “«La Bible, l’Enfer, les bonnes intentions», reportage sur «celui par qui le scandale arrive», Menahem Macina, chercheur à l’Institut orientaliste de l’UCL. Tour de la question” (reportage sur mon action contre la Bible des Communautés Chrétiennes), réalisé par La Quinzaine Universitaire (mensuel de l’Université Catholique de Louvain), n° 53, 15 mai 1995, Louvain-La-Neuve (Belgique), p. 3.

11. “L’antisémitisme ordinaire”, Contact J (Mensuel juif communautaire belge), n° 84, juin 1995, Bruxelles, pp. 13-14.

12. “Réflexions douces-amères sur la Bible des Communautés Chrétiennes”, Los Muestros, La voix des Séfarades (Mensuel juif international), n° 19, juin 1995, Bruxelles, pp. 34-36.

13. “L’affaire de la Bible des Communautés Chrétienne va-t-elle dégénérer en une crise d’autorité à l’intérieur de l’Église?”, L’Arche (Mensuel juif français), n° 452, juin 1995, Paris, pp. 30-33.

14. “Faux en ‘Écritures’ ou ‘faux-pas’ théologique? L’antijudaïsme de La Bible des Communautés chrétiennes” (recension critique détaillée de cette bible), Ad Veritatem (revue trimestrielle de théologie protestante), n° 46, juin 1995, Bruxelles, pp. 12-71. Voir aussi n° 17, ci-dessous.

15. “La Bible des Communautés Chrétiennes”, rpwvh – HaShofar (Mensuel de la Communauté israélite réformée de Belgique), n° 172, juin-juillet 1995, Bruxelles, pp. 35-41.

16. “Un «Mein Kampf» juif, avez-vous dit?”, Actualité Juive (hebdomadaire juif français) n° 430, Paris, 5 juillet 1995.

17. “La Bible des Communautés Chrétiennes est-elle vraiment chrétienne?” (même motif que le n° 14, ci-dessus, avec accent mis sur la théologie déficiente des commentaires de cette bible), Ad Veritatem, (revue trimestrielle de théologie protestante), n° 47, septembre 1995, Bruxelles, pp. 13-68.

18. “«Fluctuat nec mergitur» : Insubmersible, la Bible des Communautés Chrétiennes?”, Golias Magazine (revue catholique trimestrielle), n° 44, septembre-octobre 1995, Lyon, pp. 19-22.

19. “Fin de l’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes?”, Information juive (Mensuel juif publié par le Consistoire de France), n° 151, octobre 1995, Paris, p. 13.

20. “Où en est L’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes?, Actualité Juive (hebdomadaire juif français), n° 445, 19 octobre 1995, Paris.

21. “La BCC en «cale sèche»”, Actualité Juive (hebdomadaire juif français), n° 446, 25 octobre 1995, Paris.

22. “La Bible des Communautés Chrétiennes : Vigilance”, Information juive (Mensuel juif publié par le Consistoire de France), n° 151, octobre 1995, Paris, p. 14.

23. “L’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes : une «Felix culpa» et une leçon de vigilance”, Nouveaux Cahiers (Revue trimestrielle juive française impliquée dans le dialogue judéo-chrétien), n° 122, automne 1995, Paris, pp. 42-45.

24. “The Christian Community Bible : diary for an agenda”, Euro Jewish Report, A publication of the European Centre of Jewish Information, édition anglaise, vol. 10, octobre 1995, Bruxelles.

25. “À propos de la Bible des Communautés Chrétiennes”, Bulletin Catholique Dimanche (édition Brabant Wallon), n° 7, 7 février 1997, Namur, p. 5. Réaction aux propos du rédacteur, favorables à cette bible, parus sous le titre “Une Bible aussi controversée que populaire”, dans le n° 44 du même hebdomadaire, 8 décembre 1996, p. 7.

26. “La Bible des Communautés Chrétiennes (BCC) : Bilan”, Foi et Vie (Revue trimestrielle française de théologie protestante), XCV/5, décembre 1996, Paris, pp. 66-69.

27. “L’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes : une leçon pour «l’enseignement de l’estime»”, résumé d’une causerie donnée aux membres de l’Amitié judéo-chrétienne de Lille, paru dans le bulletin mensuel de cette association : AJC, n° 26, février 1997, Lille, p. 6.

28. “Quelle Bible pour les peuples?”, Témoignage Chrétien n° 2834, Paris, 29 octobre 1998, p. 16.

29. “Bible des peuples et Peuple de la Bible”, L’Arche (Revue mensuelle juive), n° 489, novembre 1998, p. 47.

30. “Les intouchables. À propos du retour en force d’une bible aux contenus dépréciatifs du judaïsme”, paru dans Les Échos de l’Institut n° 29, Bruxelles, décembre 1998.

Inédits :

 

  • · Florilège comparatif de 87 textes à consonances antijudaïques contenus dans la Bible des Communautés Chrétiennes (en espagnol, en anglais et en français), et accompagné d’autant de notes analytiques et d’un tableau des références par thèmes, juillet 1995 (mis à jour en juin 1997), 36 pages.
  • · 61 commentaires scripturaires dans l’esprit de l’apologétique chrétienne de la «substitution», initialement contenus dans la Bible des Communautés Chrétiennes (1995) et figurant, avec ou sans amélioration, dans la Bible des peuples (1998), octobre 1998, 23 pages.
  • · Bible des peuples. 21 commentaires dépréciateurs du peuple juif, octobre 1998, 12 pages.

Mise à jour : décembre 1998

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Restitutions tronquées de la présentation et d’une recension de mon ouvrage

I. Présentation de “Chrétiens et juifs depuis Vatican II”

État original de la page restituée (en rouge, ce qui n’apparaît plus sur le document tel qu’il figure aujourd’hui sur le site de l’AJCF).

Chrétiens et Juifs depuis Vatican II

par Menahem Macina
État des lieux historique et théologique prospective eschatologique éditions Docteur Angélique, Déc. 2009, 397 p., 23 € Présentation et recension d’Yves Chevalier, Directeur de la revue de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, Sens. A lire également, la Recension de Michel Remaud

Licencié d’Histoire de la Pensée juive (Université Hébraïque de Jérusalem), Menahem Macina a été maître de conférences et chercheur dans plusieurs universités. Il est l’auteur de quelques monographies et de nombreux articles spécialisés, majoritairement consacrés à l’exposé et à l’analyse des conceptions eschatologiques et messianiques dans le judaïsme et le christianisme.
Retraité, mais toujours impliqué dans la recherche théologique et historique relative aux Juifs et aux chrétiens, surtout par le biais de sites Internet. Il suit et documente également, avec beaucoup d’attention, sur les sites Internet qu’il gère, par exemple www.upjf.org, l’attitude des nations, spécialement celle des nations et entités chrétiennes, à l’égard des Juifs, en général, et de l’Etat d’Israël, en particulier.

Recension d’Yves CHEVALIER, Directeur de la revue de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, Sens

Le Père Michel de Goedt avait, un jour, intitulé l’un de ses articles : « La véritable “question juive” pour les Chrétiens : celle qui les met eux-mêmes en question » (cf. Sens, 2005 n° 3, pp. 141-156). L’ouvrage que propose Menahem Macina est, lui aussi, de ce genre : prenant en compte l’effort indéniable que l’Église catholique a fait, depuis Vatican II, pour repenser ses rapports avec le Peuple juif et pour clarifier théologiquement la relation entre Judaïsme et Christianisme, il analyse l’évolution de la réflexion qui en est issue et de sa traduction dans le comportement des pasteurs et des institutions de l’Église. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en même temps qu’on trouve des avancées significatives dans l’élaboration de ce “nouveau regard” et de cette “théologie de l’estime”, on trouve aussi des “retours en arrière” et des résurgences de cette “théologie de la substitution” qu’on croyait pourtant définitivement abandonnée. Cela interroge le Chrétien engagé dans le dialogue avec “le frère préféré” (Jean-Paul II à la Synagogue de Rome) avec lequel Dieu a conclu une “Alliance qui n’a jamais été révoquée” (Jean-Paul II à la Synagogue de Mayence) ; cela l’oblige aussi à repenser sa propre identité.

Malgré les difficultés de la mise au point du texte, le paragraphe 4 de Nostra Aetate a marqué un moment essentiel dans la nouvelle formulation théologiquement acceptable par l’Église catholique du lien entre les deux communautés. Mais, et c’est l’objet de sa première partie (pp. 39-130), Menahem Macina insiste sur le fait que si, du côté de l’Église, il y a un authentique essai de purification de la théologie traditionnelle, la réhabilitation du Judaïsme qui en est la condition a posé problème et la réception de cette “nouvelle lecture” des textes n’a pas été aussi facile qu’on aurait pu l’espérer. Malgré la mise en place de structures de dialogue, qui ont pu faire un travail remarquable, malgré la publication de documents, par le Vatican et par les Églises locales, qui ont pu, plus ou moins bien, nourrir la réflexion, la mutation théologique supposée par Nostra Aetate est loin d’avoir été entièrement assumée par tous les théologiens et exégètes catholiques et d’avoir rencontré une large adhésion chez les fidèles. En même temps, elle a des implications qui heurtent directement certaines certitudes difficilement remises en cause. Menahem Macina en cite un exemple (pp. 94-102) que l’on peut qualifier de caractéristique : la contradiction qu’il y a entre une analyse au fond des responsabilités chrétiennes dans la Shoah et la critique de l’attitude de Pie XII qui, manifestement, pour les responsables du Vatican, est impossible.

La seconde partie (pp. 131-198) : “Deux Élus irréductibles. Les deux faces d’un même mystère”, cherche alors à mettre au clair les points sur lesquels la théologie ainsi reformulée reste inadaptée à la gestion du mystère d’Israël et à son incarnation — comment comprendre le “destin du peuple juif” et l’irrévocabilité de l’Alliance que Dieu a scellée avec lui ? Quel est le sens du “retour des Juifs dans leur patrie ancestrale” ? Un chapitre (pp. 167-184) est consacré à l’examen des conséquences du motu proprio de 2008 autorisant, dans certaines conditions, l’usage, le Vendredi saint, d’une version, certes corrigée, de la “prière pour les Juifs” de l’ancien rituel. Mais loin de s’arrêter à ces difficultés, réelles, l’auteur propose d’approfondir ce qui est pour lui une certitude : que Juifs et Chrétiens forment, ensemble, un seul “peuple de Dieu”, « le peuple de Dieu de l’Ancienne et de la Nouvelle alliance » (Notes pour une présentation correcte des Juifs et du Judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église catholique de mai 1985), et qu’il y a, au sein de cet unique “Israël de Dieu”, “deux familles” aux destins différents quoique liés. D’où les deux parties suivantes, ne comportant qu’un chapitre chacune : un effort (troisième partie, pp. 199-273) pour formuler “un « nouveau regard » sur les desseins divins, à la lumière des Écritures”, fondé sur la promesse de “la royauté triomphante de Dieu, au ciel et sur la terre” et qui permette de préciser le sens théologique du vis-à-vis bimillénaire du Christianisme et du Judaïsme ; un examen (quatrième partie, pp. 275-351) de “l’épreuve de l’incarnation” que représente le retour des Juifs sur la terre d’Israël — totalement incompris non seulement par une large fraction de l’opinion publique internationale, invitée à une “solidarité accusatoire”, mais aussi par des Chrétiens que la connaissance des Écritures aurait dû aider à une appréciation plus juste de ce retour. Mais si Menahem Macina dénonce (pp. 310-321) un certain philopalestinisme chrétien compassionnel, qui n’est bien souvent qu’une forme recyclée d’antisémitisme, il met autant en garde (pp. 321-334) contre les excès sectaires d’un philosionisme prophétique, apocalyptique ou actualisant. C’est donc à “un « nouveau regard » théologique et historique sur la relation juifs-chrétiens dans le dessein de Dieu” qu’il invite son lecteur, chrétien ou non — même s’il s’adresse en premier lieu à des Chrétiens.

La conclusion (pp. 353-368), plus personnelle, revient sur la cohérence du cheminement qui a abouti à ce livre et sur l’espérance qui habite l’auteur : qu’à l’hostilité de l’Église à l’endroit du Peuple d’Israël se substitue entre les deux fois et les deux traditions une collaboration authentique pour ne pas faire obstacle à la venue du règne de Dieu.

La force de l’ouvrage, outre qu’il se fonde sur un socle scripturaire abondamment cité et sur une connaissance exhaustive des textes fondamentaux qui ont, depuis Vatican II, jalonné ce renouveau de la pensée de l’Église catholique par rapport à la religion dont elle est issue, est cette certitude qu’a Menahem Macina que Judaïsme et Christianisme sont des “choix de Dieu” qui ne s’excluent nullement. Si l’Église s’est fourvoyée pendant près de deux millénaires en prétendant avoir remplacé Israël, elle peut revenir sur cette prétention — même si cela l’entraîne dans une révision profonde de ce qu’elle est elle-même : elle a officiellement commencé ce travail au Concile, et ce dernier est loin d’être achevé. L’un des “signes” de l’approfondissement encore nécessaire sera la manière dont les Chrétiens considéreront l’État d’Israël, le sens qu’ils lui donneront dans une perspective eschatologique. Éviter une lecture fondamentaliste du Premier Testament est une chose, croire profondément aux promesses de Dieu telles qu’elles ont été consignées dans les Écritures en est une autre, qui ne se situe pas sur le même registre ; mais entrer dans cette perspective et en tirer toutes les conséquences, c’est aujourd’hui la tâche du Chrétien. Du moins c’est ce à quoi invite l’auteur.

© ajcf.fr et Sens

En complément :
Vous pouvez également lire la Postface d Yves Chevalier, ci-dessous à télécharger.

Postface Yves Chevalier

Un autre point de vue : Recension du livre par Jean Duhaime sur le site JCRelations.net
Recension de Michel Remaud

Pour trouver ce livre, en plus de votre libraire et des sites internet habituels, vous pouvez vous le procurer directement chez l’éditeur :
http://www.docteurangelique.com/commande.htm

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II. Restitution tronquée de la recension de Michel Remaud pour “Chrétiens et juifs…”

AJCF-Capture 1

Comme en témoigne la photo d’écran de la version antérieure du même texte (effacé ou déplacé par la webmestre de l’AJCF), qui figure ci-dessus, il manque, dans la version actuelle (http://www.ajcf.fr/spip.php?article486), l’introduction suivante :

Après la recension d’Yves Chevalier et celle de Jean Duhaime, Michel Remaud nous fait parvenir sa lecture du livre de Menahem Macina : « Chrétiens et juifs depuis Vatican II » paru en 2009.

AJCF-Capture 2

Comme en témoigne la photo d’écran de la version antérieure du même texte (effacé, ou déplacé par la webmestre de l’AJCF), qui figure ci-dessus, manquent, dans la version actuelle (http://www.ajcf.fr/spip.php?article486), le texte suivant : « Présentation du livre avec les recensions d’Yves Chevalier et de Jean Duhaime », ainsi que le lien correspondant (http://www.ajcf.fr/spip.php?article232).

AJCF-Capture 3

Comme en témoigne la photo d’écran de la version antérieure du même texte (effacé ou déplacé par la webmestre de l’AJCF), qui figure ci-dessus, si, dans sa version actuelle (http://www.ajcf.fr/spip.php?article486), la mention de mon site figure toujours, c’est sous la forme tronquée « rivtsion.org » et sans le lien cliquable (www.rivtsion.org) dont il était pourvu.

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Deux responsables de l’AJCF se dissocient de ma stigmatisation comme “syncrétiste”

Il m’est extrêmement pénible de rendre public ce bon témoignage, en date du 25 avril 2012, que je ne m’étais pas engagé à garder par devers moi, sauf cas de force majeure. J’estime que ce cas est constitué,  en raison du traitement inqualifiable dont je suis l’objet depuis, sans pouvoir me défendre, et parce que c’est pour moi le seul moyen de prouver ma bonne foi. Toutefois, sans exclure que j’y sois contraint dans l’avenir par des développements imprévus de cette affaire,  je ne mentionnerai ici ni les noms ni les qualités des auteurs de cette lettre, tout en sachant que les initiés les identifieront facilement – ce qui n’est évidemment pas mon intention.

Paris, le 25 avril 2012

Cher Monsieur Macina,

Vous nous avez demandé quelle était notre position concernant l’appréciation de certaines personnes, impliquées dans le dialogue judéo-chrétien, qui considèrent la double identité religieuse que vous avez cru devoir assumer, comme relevant du syncrétisme.

Sans porter un jugement sur ces détracteurs de votre démarche, c’est bien volontiers que nous vous disons que ces critiques ne traduisent pas notre opinion personnelle. Nous entérinons pleinement les bons témoignages qu’ont rédigés à votre sujet, entre autres, deux acteurs historiques des relations judéo-chrétiennes : Bernard Dupuy et Fadiey Lovsky.

Nous nous référons ici à la lettre que le P. Dupuy vous a adressée en décembre 1996. Permettez-nous d’en citer un extrait qui traduit, mieux que nous ne saurions le faire, notre appréciation de votre personne :

Ceux qui vous critiquent […] n’ont certes pas lu vos écrits sur la Bible ou sur les Pères de l’Église. Ils verraient que vous êtes tout le contraire d’un illuminé. […] On peut ne pas comprendre que vous ayez voulu porter et assumer personnellement une “appartenance” juive. Il ne faut pas trop s’étonner que certains ne puissent ici vous suivre. Ils n’en détiennent pas les données. Je souhaiterais seulement, s’ils ne peuvent admettre ce qui ne leur a pas été demandé à eux, qu’ils puissent reconnaître que les voies du Seigneur sont multiples et qu’il en est d’exigeantes. […] Voilà qui suffit bien pour que nous ayons, à votre endroit, la considération sinon l’estime voulues. […] Mais pour ce qui est de votre foi et de votre zèle pour l’Église chrétienne, et même catholique, voilà qui est, pour qui vous connaît et qui vous lit studiose et acriter, une évidence. Il me semble qu’on ne peut se tromper là-dessus que si l’on s’en remet à de mauvaises langues, ou si l’on a quelque préjugé bien ancré. Pour ma part, je bénis le Seigneur d’avoir rencontré un homme de foi véritable, et – permettez-moi de dire – véritablement tam wetamim (= honnête et droit) comme, au dire de Jésus, l’était Nathanaël (cf. Jn 1, 47).

Nous avons eu également connaissance du témoignage que vous rendait, il y a peu, Fadiey Lovsky, en reprenant à son compte l’opinion du P. Dupuy. L’extrait suivant résume bien nos sentiments :

[…] j’approuve et je rejoins totalement les termes concernant M. Macina, que le P. Dupuy, bien longtemps avant d’être malade, a écrits [dans sa lettre du] 21 décembre 1996, où il se porte garant, en termes élogieux, du travail et des recherches de Monsieur Macina. Je considère le jugement du P. Dupuy, comme un jugement hautement autorisé, qui suffit à établir le sérieux des recherches que M. Macina poursuit, dans un domaine religieux de première importance. Cette appréciation est à mon avis tout à fait valable en un domaine où les passions n’ont pas à s’exprimer, et où nous devons garder notre jugement de tout soupçon. Je partage entièrement cette position du P. Dupuy, quant aux travaux de M. Macina.

Voilà, Cher Monsieur Macina. Nous sommes réellement consternés par la polémique dont vous êtes l’objet. Il est clair que nous nous en distancions totalement. Nous ne vous avons jamais considéré comme syncrétiste et nous savons au contraire que vous êtes pleinement engagé dans l’œuvre de la réconciliation entre Chrétiens et Juifs. Votre souci a toujours été d’établir un pont entre les deux traditions religieuses.

Par ailleurs, nous n’avons aucun doute sur le fait que vous vous refusez à envenimer le débat, comme vous l’avez dit de vive voix à l’un d’entre nous.

Nos fonctions respectives au sein de l’AJCF, vous le comprendrez, ne nous autorisent pas à nous exprimer en son nom sur un conflit interpersonnel. Par contre, nous pouvons user de notre liberté de conscience et de parole pour vous exprimer notre bon témoignage et vous assurer de notre amitié.

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Ma protestation contre le «syncrétisme» qu’on m’impute

Lettre adressée par Menahem Macina à quelques responsables de l’AJCF, en avril 2012

« Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il n’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins… » (Mt 18, 15-16).

Pour mémoire, contrairement à ce qui avait été le cas pour mon premier livre[1], la Webmestre du site de l’AJCF a posé comme condition au signalement sur le site de l’AJCF, de la parution du second, assorti de la recension du prof. Yves Chevalier, directeur de la revue Sens, de l’Amitié Juive de France, qu’il soit précédé d’un chapeau contenant la mise en garde suivante :

Menahem Macina est un catholique converti au judaïsme à l’âge adulte mais qui n’a pas renié sa foi chrétienne ainsi qu’il l’a lui-même dit lors de la sortie de son précédent livre en 2009. Ce profil atypique, rappelons-le, n’est pas compatible avec les statuts de l’AJCF, en particulier l’article 2 où l’AJCF exclut de son activité toute tendance au syncrétisme [2].

Pour des raisons qui lui appartiennent – et qu’elle a exposées dans un e-mail à mon intention, en les mitigeant de l’expression de son respect pour ma démarche spirituelle personnelle –, la Présidente de l’AJCF s’est déclarée d’accord avec l’initiative de la Webmestre du site de l’Association.

J’estime que ce jugement est erroné et sans fondement, outre que sa formulation porte atteinte à ma réputation et à mon action, d’autant que je n’ai pas la possibilité de me défendre. En conséquence, je demande à rencontrer les responsables de l’Amitié Judéo-Chrétienne pour savoir s’ils entérinent cette stigmatisation et, si c’est le cas, pour qu’ils m’en donnent des raisons fondées sur une connaissance minimale de mon engagement spirituel, ainsi que de ma pensée telle qu’elle est exposée dans mes écrits. Je répondrai volontiers aux questions qu’ils croiront devoir me poser à ce sujet.

Entre temps, je propose à ces responsables de prendre connaissance de quelques avis autorisés sur l’orthodoxie de ma conduite et de mes écrits, qui, on le verra, s’inscrivent en faux contre l’accusation dont je suis l’objet. Extraits, ci-dessous.

[…] Très impressionnée et sensible à votre parcours spirituel, je ne puis cependant que m’associer à la réserve exprimée par notre webmestre […]. Il ne s’agit pas de juger votre double appartenance, car seul Dieu juge les reins et les coeurs, et la vie spirituelle de chaque être humain lui appartient en propre. […] Mais en rendant public votre itinéraire, vous prenez le risque d’être mal compris, et par suite d’ouvrir la voie à un enthousiasme syncrétiste qui n’est en rien respectueux de la spécificité du judaïsme et du christianisme. Telle n’est certes pas votre intention, mais peu de gens ont la maturité suffisante pour éviter les simplifications abusives. Or l’Amitié judéo-chrétienne – dont l’article 2 des statuts prohibe avec beaucoup de sagesse et de fermeté tout syncrétisme comme tout prosélytisme – a une grande responsabilité pédagogique vis à vis des personnes qui consultent son site. Et comme vous le savez, nous sommes dans une période de grande confusion généralisée, de butinage religieux et spirituel, où beaucoup d’esprits rêvent que le grand Jour de la religion universelle est déjà arrivée. Et pour en rester au cadre du judaïsme et du christianisme, j’ai moi-même souvent à faire à des pasteurs évangéliques et à des “juifs pour Jésus” qui se croient à la fin des temps… et ceci m’invite à beaucoup de prudence. […] [3]

Ce à quoi je répondais, le jour même, et par la même voie:

J’avoue être très étonné de votre ralliement à la position de votre Webmestre, mais vous êtes présidente de l’Association et je ne doute pas que vous ayez agi en votre âme et conscience. Reste que je trouve injustifié l’amalgame qui consiste à refuser de répercuter sur votre site une recension concernant mon dernier livre (pourtant due à une personnalité respectable et compétente (Il s’agissait du prof. Yves Chevalier, pourtant directeur de la revue Sens, de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France!), au prétexte du danger de «syncrétisme» qu’il constituerait. A ce compte, il faudrait condamner rétrospectivement du même chef d’accusation l’Apôtre Paul et tous les Juifs devenus disciples du Christ.
Pour votre information, je n’ai (ni ne recherche) le moindre impact sur les «évangéliques» ni sur les «juifs pour Jésus». Si vous m’aviez vraiment lu, vous auriez constaté que ma théologie est rigoureusement chrétienne (en milieu protestant on lui reproche même d’être «trop catholique» !). C’est donc bien ma démarche personnelle – dont je ne fais pourtant que rarement état, et de manière que d’aucuns ont qualifiée de «discrète» – qui est visée par cet ostracisme. Au passage, comment expliquez-vous qu’un prélat catholique ait jugé que ma «double identité» ne m’exclut pas des sacrements, et que trois éditeurs catholiques (dont Le Cerf !) aient accepté de me publier ?
En privant les lecteurs de votre site d’une information concernant mes publications, vous pratiquez – avec les meilleures intentions du monde, certes, mais non sans préjugé, me semble-t-il – une discrimination qui préjuge d’une capacité de nuisance ou de trouble, inhérente à leur contenu, laquelle est tout sauf démontrée. Je m’étonne d’ailleurs que mon premier livre – qui était pourtant beaucoup plus fervent et expansif sur ce point que les deux suivants, et dans lequel figurait une profession ardente de «double foi» (p. 355-357) –, ait été largement et positivement couvert par votre site, sans parler des remarques et recensions élogieuses dont il a bénéficié de la part de personnes valeureuses et non suspectes de «syncrétisme», tels les professeurs Duhaime, Chevalier et Remaud, le Fr. Lenhardt, le Fr. Cerbelaud, etc.
Je vous renvoie, pour terminer, à la sage sentence de Gamaliel (Ac 5, 38-39), dont vous voudrez bien pardonner, j’espère, l’application personnelle malicieuse que j’en fais :
“Si [son] propos ou [son] œuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même ; mais si vraiment elle vient de Dieu, vous n’arriverez pas à les détruire. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu.”

Je demande alors à rencontrer des responsables de haut niveau de l’Amitié Judéo-Chrétienne pour savoir s’ils entérinent cette stigmatisation et, si c’est le cas, pour qu’ils m’en donnent des raisons fondées sur une connaissance minimale de mon engagement spirituel, ainsi que de ma pensée, telle qu’elle est exposée dans mes écrits. Je répondrai volontiers aux questions qu’ils croiront devoir me poser à ce sujet.

Entre temps, je propose à ces responsables de prendre connaissance de quelques avis autorisés sur l’orthodoxie de ma conduite et de mes écrits, qui, on le verra, s’inscrivent en faux contre l’accusation dont je suis l’objet. Extraits, ci-dessous.

1. Témoignage du R.-P. Bernard Dupuy en ma faveur [4]

CENTRE  D’ETUDES  ISTINA                                                                    Paris, le 21 décembre 1996
48, Rue de la Glacière – 75013 Paris

Mon Cher Menahem,
Vous vous tournez vers moi, parce qu’il est des chrétiens, me dites-vous, qui doutent de votre foi ou de votre identité chrétiennes. Je comprends que de telles réactions vous inquiètent. Ceux qui vous critiquent ainsi n’ont certes pas lu vos écrits sur la Bible ou sur les Pères de l’Eglise. Ils verraient que vous êtes tout le contraire d’un illuminé. Ou bien ils sont de ceux qui, oubliant que l’Eglise est constituée depuis l’origine de judéo-chrétiens et de pagano-chrétiens, ne peuvent comprendre qu’on puisse se dire “judéo-chrétien”. Je croyais savoir pourtant que les judéo-chrétiens avaient joué un certain rôle dans la période apostolique. Ils demeurent aujourd’hui la partie secrète, généralement méconnue, souvent contestée, mais essentielle, du mystère même de l’Eglise.
On peut ne pas comprendre que vous ayez voulu porter et assumer personnellement une “appartenance” juive. Il ne faut pas trop s’étonner que certains ne puissent ici vous suivre. Ils n’en détiennent pas les données. Je souhaiterais seulement, s’ils ne peuvent admettre ce qui ne leur a pas été demandé à eux, qu’ils puissent reconnaître que les voies du Seigneur sont multiples et qu’il en est d’exigeantes. Vous avez tenté une insertion dans la vie juive :
1) Parce qu’il y a eu la Shoah. L’attitude chrétienne n’a jamais été, au cours de l’histoire, à l’égard des juifs, ce qu’elle aurait dû être, et il revient encore aujourd’hui aux chrétiens de faire ce qu’ils peuvent pour remédier à cela.
2) Parce que, dans l’univers du judaïsme – et quoi qu’il en soit de ce que, de fait, la tradition juive est aujourd’hui -, se cachent toujours nos sources, sur certains points méconnues ou perdues, qu’ainsi vous avez voulu rencontrer sérieusement, sans pouvoir le faire à moindres frais.
Voilà qui suffit bien pour que nous ayons, à votre endroit, la considération sinon l’estime voulues. Que les Juifs, de leur côté, puissent ou non vous comprendre, ceci est une autre affaire, sur laquelle il ne m’appartient pas de faire des commentaires.
Mais pour ce qui est de votre foi et de votre zèle pour l’Eglise chrétienne, et même catholique, voilà qui est, pour qui vous connaît et qui vous lit studiose et acriter, une évidence. Il me semble qu’on ne peut se tromper là-dessus que si l’on s’en remet à de mauvaises langues, ou si l’on a quelque préjugé bien ancré.
Faut-il risquer une explication ? Votre langue est forte, bien trempée, parfois catégorique. A la lucidité, il faut joindre l’indulgence pour autrui. Mais je suis témoin de votre clémence et miséricorde.
Pour ma part, je bénis le Seigneur d’avoir rencontré un homme de foi véritable, et – permettez-moi de dire – véritablement (tam wetamim = honnête et droit) comme, au dire de Jésus, l’était Nathanaël (cf. Jn 1, 47).
Qu’en ces jours de Noël soit entendu, en ce monde, le Message de Justice et de paix.

fr. Bernard DUPUY

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2. Extraits de l’hommage du Fr. Pierre Lenhardt au P. Michel Remaud, lors de la remise à ce dernier du Prix de l’AJCF 2010 [5]:

Dans ce domaine délicat de la relation à Israël, tes écrits [ceux de Michel Remaud], ceux de Michel de Goedt, de Jean Dujardin, de Raniero Fontana, de Jean Massonnet, de Dominique de la Maisonneuve, de Menahem Macina, des responsables de la revue Sens, nous donnent de précieux repères. […] La relation avec les juifs qui nous enseignent est délicate à vivre. Tu en parles dans tes différents livres et articles. Le P. Dujardin en traite de façon magistrale dans son grand livre ‘L’Église Catholique et le peuple juif’, Calmann-Lévy, Paris, 2003. Menahem Macina donne aussi, de façon exhaustive, un ‘état des lieux historique et théologique’ de la relation entre les ‘Chrétiens et Juifs depuis Vatican II’ (Éditions Docteur angélique, Avignon 2009).

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3. Témoignage d’un des acteurs majeurs du dialogue et membre actif de l’AJCF (mail d’octobre 2011)

La lettre du Père Dupuy est noble, et j’en partage personnellement tous les termes. Je ne vous ai jamais considéré comme “syncrétiste” et je sais tout le travail qui a été le vôtre pour établir un pont entre les deux traditions religieuses. 

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4. Témoignage du prof. Fadiey Lovsky,  (avril 2012) [6]

Echirolles, 30/03/12

Je viens de recevoir votre lettre. Ma réponse est toute simple :

Considérant ma longue amitié et ma proximité avec le Père Bernard Dupuy, et l’acuité de son regard sur les gens, j’approuve et je rejoins totalement les termes concernant M. Macina, que le P. Dupuy, bien longtemps avant d’être malade, a écrits [dans sa lettre du] 21 décembre 1996 [Pour fixer les choses, je précise que mon entrée dans « l’alliance d’Abraham » (sans reniement de ma foi chrétienne) a eu lieu à Jérusalem en 1977, soit près de vingt ans avant le témoignage du P. Dupuy], où il se porte garant, en termes élogieux, du travail et des recherches de Monsieur Macina.

Je considère le jugement du P. Dupuy, comme un jugement hautement autorisé, qui suffit à établir le sérieux des recherches que M. Macina poursuit, dans un domaine religieux de première importance. Cette appréciation est à mon avis tout à fait valable en un domaine où les passions n’ont pas à s’exprimer, et où nous devons garder notre jugement de tout soupçon. Je partage entièrement cette position du P. Dupuy, quant aux travaux de M. Macina.

F. Lovsky

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[1] Voir : Présentation de Chrétiens et Juifs depuis Vatican II [avec les recensions d’Yves Chevalier et de Jean Duhaime], et « Michel Remaud : Une recension du livre de Menahem Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II ».
[2] Pour comprendre ce qui m’est reproché, il faut lire la recension de mon premier livre, mise en ligne sur le site Jewish-Christian Relations, le 1er janvier 2010, par le professeur Jean Duhaime, ancien doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, qui a fort bien résumé ma démarche en ces termes : «Après une brève synthèse, Macina conclut en rappelant son parcours personnel assez particulier et en réaffirmant ses convictions. Né d’une mère italienne catholique non pratiquante qui l’a tout de même fait baptiser, il découvre vers l’âge de trente-cinq ans “l’origine juive lointaine possible” de son père biologique (p. 355). En 1958, il est bouleversé par le livre de Léon Poliakov, Le bréviaire de la haine, qui décrit en détails la “solution finale” nazie. Il éprouve alors une grande détresse spirituelle et formule une “folle demande de réparation personnelle”. Au cours d’une expérience mystique, il comprend que Dieu souhaite l’exaucer. Vers 1970, il monte en Israël et y séjourne durant quelques années pendant lesquelles il entre “dans l’Alliance d’Abraham et à l’université” pour poursuivre sa quête spirituelle et intellectuelle. Il revendique ses “deux identités religieuses, la chrétienne et la juive” comme “radicalement indissociables” et les articule de la manière suivante: “Ma foi chrétienne en la messianité du Christ est totalement indissociable de ma foi juive dans ‘le Royaume qui vient, de notre père David’ (cf. Marc 11,10). Ma foi chrétienne dans l’accomplissement des Écritures et des prophéties dans le Christ est totalement inséparable de ma foi juive dans le rétablissement du peuple juif et de sa royauté messianique” (p. 357). Pour lui, “l’hostilité quasi universelle envers Israël est un des signes avant-coureurs de la confrontation qu’annonce le Psaume 2” (p. 364) ; un drame messianique va bientôt se jouer, “dont l’enjeu fatal est l’acceptation ou le rejet, par les nations, de la centralité d’Israël dans le dessein de Dieu” (p. 368). »
[3] Message e-mail du 14 septembre 2011.
[4] Original en ma possession. En son temps, le P. Dupuy m’avait autorisé par écrit à diffuser ce témoignage destiné à permettre de me défendre contre une campagne de déstabilisation menée par des ecclésiastiques qui prétendaient que j’étais hétérodoxe et constituais un danger pour la foi des chrétiens auxquels je m’adressais. J’ajoute que, outre les longues années durant lesquelles il a dirigé la revue Istina, le P. Dupuy, dominicain, a été consulteur du Secrétariat romain pour l’unité des chrétiens, expert du Comité épiscopal français pour les relations avec le Judaïsme et du Comité international de liaison entre le Saint-Siège et le Judaïsme, et membre du Comité mixte entre Catholicisme et Orthodoxie en France.
[5] Le Fr. P. Lenhardt est, à ma connaissance, le seul religieux catholique à avoir obtenu une maîtrise de Talmud de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il a enseigné aux Instituts Catholiques de Paris et de Lyon, à l’école biblique de Jérusalem, à l’Institut Kirche und Judentum de Berlin, dans différents séminaires et universités au Brésil et à Rome, et surtout au Centre chrétien d’études juives, Saint-Pierre de Sion (Ratisbonne), à Jérusalem. Il a reçu en 2004 le prix de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.
[6] Lettre manuscrite originale en ma possession.

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Faut-il toujours se taire sur les péchés de son peuple?

Tiendriez-vous à Dieu un langage inique et des propos mensongers? Feriez-vous preuve de partialité si vous plaidiez avec Dieu ? Serait-il bon qu’il vous scrutât? Le tromperiez-vous comme on trompe un homme? Il vous infligera une sévère réprimande si, en secret, vous faites preuve de partialité. (Jb 13, 7-10).

Ceci est l’introduction d’un livre en cours de rédaction et de publication. Après de longs mois d’hésitation, motivée par la crainte de nuire à l’association dont je mets en cause ici deux dirigeants, j’estime ne plus devoir continuer à me taire sur leurs agissements à mon égard. Je sais que cela risque de me coûter cher, mais la vérité m’est plus chère que tout.

Si loin que je remonte dans mes souvenirs, force m’est de constater que la contradiction, l’hostilité, voire l’altérité radicale m’ont fidèlement accompagné, tels des ectoplasmes à la réalité desquels on a du mal à croire soi-même parce qu’on est seul à percevoir leur présence, et qu’en parler nous conduirait tout droit à l’internement psychiatrique. Je sais, bien sûr, que je ne suis pas seul à ce jeu-là. Des myriades d’autres êtres humains ont un sort analogue, dont ils parlent le moins possible de peur de passer pour des loosers, ou pire, des hypocondriaques, voire des paranoïaques.

Tout cela pour dire qu’on m’a souvent fait des procès d’intention. De l’avis des “bons conseilleurs”, je suis toujours trop ceci, ou pas assez cela. La poisse semble m’aimer plus que de raison et mes meilleurs amis estiment que je l’attire, voire que je m’y complais. Selon eux, il n’y a qu’à moi que cela arrive… Un souvenir me revient en mémoire, fugace, ironique. C’était vers mes trente ans. Le confident sur lequel je venais de déverser le trop-plein de ma rancoeur douloureuse, m’avait mis en garde contre ma «tendance à l’exagération». Mieux (ou pire), après m’avoir écouté (juste le temps de me donner l’impression qu’il s’intéressait à ma misère, avant de la noyer dans le torrent de la sienne), il avait estimé que je faisais beaucoup de pathos pour pas grand chose, avec mes histoires de bon Dieu et de curés. Ce qui vous arrive, avait-il énoncé péremptoirement, n’est que du «pipi de chat» en comparaison de tout ce que moi j’ai souffert…

Suite à cette mésaventure cocasse, j’ai décidé de lutter seul, à ma manière, pour me réinsérer dans la portion du troupeau chrétien où j’estimais  avoir ma place toute désignée.  La contestation endémique à laquelle j’étais en butte, me disais-je, n’avait rien à voir avec les revendications politiques, économiques et sociologiques de mes compagnons et compagnes de misère. Moi, c’est pour mes choix de vie spirituelle et mes convictions religieuses que j’étais contesté, voire persécuté. Ma cause, estimais-je, était juste, même si décalée et impopulaire dans le monde incroyant d’aujourd’hui. Aussi, loin de me laisser abattre, je combattais, je militais même, convaincu de la justesse et de la noblesse de ma cause et persuadé d’en convaincre d’autres que moi. Ma résistance dura environ une vingtaine d’années, avant de faiblir, puis de s’éteindre peu à peu.

Je m’enfonçai alors dans un silence nourricier et studieux de près de quatre décennies. Quand j’en sortis enfin, j’avais enrichi mon cerveau et mon intelligence de toutes sortes de connaissances très sophistiquées, en matière d’histoire, de  langues anciennes, et même de théologie. Et je me demandais ce que j’allais en faire. En bon catholique que j’étais alors, j’avais gardé le souvenir indélébile de la parabole des talents que le maître avait remis à ses serviteurs pour qu’ils les fassent fructifier (cf. Mt 25, 14ss.). J’en avais tout naturellement déduit qu’il m’incombait de mettre en valeur ce capital de savoir reçu, en le transmettant à d’autres qui n’avaient pas eu la même chance que moi. Sans entrer ici dans les détails du récit événementiel qu’on lira en son lieu, je résume très brièvement l’itinéraire en dents de scie, auquel m’avait comme prédestiné l’intensité de mes sentiments religieux. Et c’est peu dire que cet itinéraire apparaissait comme erratique aux braves gens qui “n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux”, comme le chantait Georges Brassens.

Avec le bagage universitaire minimal que j’avais acquis et la foule de connaissances que j’avais glanées en chemin, au fil de lectures et de recherches boulimiques, ma voie semblait tout tracée: j’enseignerais à l’université. L’une d’elles m’adressait déjà des signaux encourageants. Que j’achève seulement ma thèse en cours et j’aurais un poste envié à la faculté d’histoire des religions de l’Université Hébraïque de Jérusalem où j’avais acquis ma licence et entamé avec succès un parcours d’accès direct au doctorat en dispense de maîtrise. Aux yeux de mes maîtres d’alors, l’issue ne faisait pas de doute. C’était compter sans ma nature résolument idéaliste (certains diront “fantasque”), qui me conduisit à devenir ce que le calcul des probabilités lui-même n’aurait pu anticiper.

Nanti d’une bourse d’études – malheureusement assez plate – du gouvernement israélien, j’étais venu en Belgique, dans le cadre d’un programme européen d’échanges et de recherche, pour compléter mes connaissances en patristique et langues orientales à l’université de Louvain. Mais bien vite je fus happé par d’autres préoccupations, certes hautement méritoires, mais totalement excentrées par rapport à mon programme doctoral. En peu de temps, je me trouvai entraîné dans un maelstrom interreligieux, aussi fervent qu’improbable. L’étude du judaïsme et celle de l’hébreu étaient alors en vogue. Mon savoir de base en ces matières, rehaussé de ma connaissance – limitée au demeurant – de l’hébreu ancien et moderne, conférait à ma personne une aura de spécialiste, totalement imméritée et qui, quoi que je fisse pour la nier, attirait aux causeries que m’organisaient des admirateurs (eh, oui!) un nombre relativement honorable d’auditeurs. Dès lors (j’anticipe), j’étais perdu pour la recherche, que je délaissai progressivement au profit de ce qu’il me faut bien appeler un “apostolat” – judéo-chrétien – dont je ne suis plus sorti depuis.

Tôt rompu au maniement des ordinateurs personnels, je fus parmi les premiers à me familiariser avec l’Internet et ne tardai pas à me lancer à corps perdu dans l’information en ligne sur Israël, avec pour thèmes d’élection, la connaissance du judaïsme et du christianisme, l’histoire de leurs interrelations plus ou moins polémiques et tumultueuses au fil des siècles, et l’information sur les juifs dans le monde, l’antisémitisme et le conflit palestino-israélien. Je fus vite en mesure de me mesurer à la blogosphère et créai même un site et deux blogues[2], avant d’exposer et de diffuser mes conceptions par voie de causeries et d’articles en ligne, puis dans des livres. Au grand étonnement de mon entourage (et au mien), je publiai coup sur coup sept livres en moins de trois ans[3]. Ils étaient, bien entendu, déjà rédigés plus ou moins partiellement depuis des années, et maturaient dans la matrice de mon ordinateur, avant que je me décide à les proposer à des éditeurs.

Mon premier ouvrage[4] fut plutôt bien accueilli dans le milieu auquel il était destiné en priorité, à savoir celui des chrétiens actifs dans ce qu’on a coutume d’appeler les relations judéo-chrétiennes. Il eut même droit à une recension élogieuse dans L’Osservatore Romano[5], et bénéficia d’une présentation sur le site de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF). Plus encore que la présentation gratifiante de L’Osservatore Romano, celle de l’AJCF m’avait, si j’ose dire, donné des ailes. En effet, j’ai toujours eu la plus grande estime pour les mouvements chrétiens qui oeuvrent à une meilleure compréhension entre les juifs et les chrétiens, et j’appréciais tout particulièrement la bonne présentation et la qualité de la documentation du site de l’AJCF. Je souhaitais travailler en synergie avec cette association même si ce devait être de l’extérieur et de manière ponctuelle. J’étais alors à cent lieues d’imaginer que c’est de cette institution que me viendrait le coup le plus dur qui ait jamais frappé mon activité intellectuelle et mon action militante au service de cette cause.

Courant 2011, j’appris avec stupéfaction que le site de l’AJCF ne ferait plus état désormais de la parution de mes ouvrages. J’en sus bientôt la raison. Choquée par la double identité de juif et de chrétien que j’avais assumée, plus de trente ans auparavant, et que je confessais en toute clarté et vérité dans mon premier livre[6], sans que personne ne s’en offusque dans ce haut-lieu des relations entre les deux religions, la webmestre de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France avait décidé de faire personnellement barrage à ce qui lui apparaissait comme un scandale. Elle accomplit son premier “acte de résistance” le jour où le directeur de la revue Sens de l’AJCF lui proposa de présenter sur le site de l’Association mes deux nouveaux ouvrages accompagnés des recensions qu’il en avait faites[7]. Elle subordonna alors cette mise en ligne à l’insertion, en tête de chacun des textes, d’un avertissement bien visible rédigé en ces termes:

Menahem Macina est un catholique converti au judaïsme à l’âge adulte mais qui n’a pas renié sa foi chrétienne, ainsi qu’il l’a lui-même dit lors de la sortie de son précédent livre en 2009. Ce profil atypique, rappelons-le, n’est pas compatible avec les statuts de l’AJCF, en particulier l’article 2 où l’AJCF exclut de son activité toute tendance au syncrétisme.

Ce à quoi le professeur recenseur, choqué, se refusa catégoriquement. Merci à lui. Suite à cet incident, j’adressai une correspondance au directeur de l’association et à sa présidente, pour dénoncer ce que j’appelais le «magistère personnel» de cette personne qui se permettait de porter un jugement théologique sur le croyant et l’auteur que je suis. Jusque-là, j’étais persuadé qu’elle était seule responsable de ces menées. Simple dérapage idéologico-religieux d’une zélatrice intégriste, pensais-je. Je ne doutais pas un seul instant que, mises au courant, les autorités de l’AJCF désavoueraient énergiquement ce comportement. Toutefois, avant de saisir ces gens importants, j’eus le réflexe chevaleresque  de laisser le temps à la contrevenante de venir à résipiscence, tout en prévenant mes interlocuteurs qu’en cas de refus, j’envisageais d’aller plus haut. Mais la dame resta inflexible. J’écrivis alors personnellement à la présidente de l’association pour lui demander d’exercer son arbitrage, dont je ne doutais pas qu’il me fût favorable. La réponse ne se fit pas attendre : elle se rangeait sans hésiter à l’opinion de sa webmestre. Extraits:

[…] Il ne s’agit pas de juger votre double-appartenance, car seul Dieu juge les reins et les coeurs, et la vie spirituelle de chaque être humain lui appartient en propre. […] Mais en rendant public votre itinéraire, vous prenez le risque d’être mal compris, et par suite d’ouvrir la voie à un enthousiasme syncrétiste qui n’est en rien respectueux de la spécificité du judaïsme et du christianisme […]. Or l’Amitié judéo-chrétienne – dont l’article 2 des statuts prohibe avec beaucoup de sagesse et de fermeté tout syncrétisme comme tout prosélytisme – a une grande responsabilité pédagogique vis à vis des personnes qui consultent son site. Et comme vous le savez, nous sommes dans une période de grande confusion généralisée, de butinage religieux et spirituel, où beaucoup d’esprits rêvent que le grand Jour de la religion universelle est déjà arrivée [sic].  Et pour en rester au cadre du judaïsme et du christianisme, j’ai moi-même souvent à faire [sic] à des pasteurs évangéliques  et à des “juifs pour Jésus” qui se croient à la fin des temps … et ceci m’invite à beaucoup de prudence.

J’estimai que ce jugement, même s’il était exprimé de manière circonspecte et nuancée, constituait un procès d’intention, outre qu’il amalgamait indûment mes travaux de recherche à des billevesées sectaires. En tout état de cause, ce n’étaient ni mes recherches ni mes opinions théologiques que contestait la présidente de l’AJCF, mais mon choix de vie découlant d’une décision prise en mon âme et conscience. L’argument consistant à affirmer qu’«en rendant public mon itinéraire», je favoriserais «un enthousiasme syncrétiste qui n’est en rien respectueux du judaïsme et du christianisme», me paraissait ressortir à ce qu’on appelait jadis en chrétienté un «jugement téméraire». Le préjugé qu’il révélait et la condamnation qu’il impliquait étaient d’autant plus inadmissibles, à mes yeux,  que des théologiens de métier qui avaient recensé mon livre n’avaient rien écrit qui fût de nature à accréditer une telle accusation. En conséquence, je demandai à ce que l’affaire soit portée devant les instances supérieures de l’AJCF[8].

Etait-ce la crainte de voir l’incident déborder du cadre étroit de quatre personnes (moi compris), où il était confiné jusqu’alors, ou le résultat de la désapprobation qu’exprimèrent deux d’entre elles à l’égard à l’égard du traitement sévère dont j’étais l’objet ? – toujours est-il que, soudain, on me proposa l’arrangement suivant. Deux cadres de l’AJCF m’écriraient une lettre officielle à l’en-tête de l’association, par laquelle ils se désolidariseraient explicitement du traitement qui m’était infligé[9]. En voici les termes finaux:

Cher Monsieur Macina, nous sommes réellement consternés par la polémique dont vous êtes l’objet. Il est clair que nous nous en distancions totalement. Nous ne vous avons jamais considéré comme syncrétiste et nous  savons au contraire que vous êtes pleinement engagé dans l’oeuvre de la réconciliation entre Chrétiens et Juifs. Votre souci a toujours été d’établir un pont entre les deux traditions religieuses. […] Nos fonctions respectives au sein de l’AJCF, vous le comprendrez, ne nous autorisent pas à nous exprimer en son nom sur un conflit interpersonnel. Par contre, nous pouvons user de notre liberté de conscience et de parole pour vous exprimer notre bon témoignage et vous assurer de notre amitié.

Ce bon témoignage n’était assorti d’aucune clause expresse de confidentialité, mais il m’avait été demandé oralement de n’en faire état qu’en cas de nécessité absolue, ce à quoi j’avais acquiescé. J’estime aujourd’hui que ce cas est constitué, suite aux derniers rebondissements de cette affaire, que je vais m’efforcer de résumer ici le plus brièvement possible.

C’est par hasard que j’ai découvert le «pot aux roses». Un coup d’oeil de routine sur la page à mon nom sur Wikipedia, l’encyclopédie populaire en ligne, me révéla que plusieurs liens hypertexte qu’elle contient généraient un message d’erreur lorsqu’on les cliquait. Intrigué, je décidai de vérifier. Une chose sautait immédiatement aux yeux: ces erreurs concernaient uniquement les liens afférents au site de l’AJCF. Décidé à en avoir le coeur net, je me rendis sur le site de l’association, et là, stupeur: une requête sur mon nom dans le moteur de recherche du site révélait qu’à une exception près[10], les quelques textes me concernant avaient disparu.

Je rédigeai aussitôt un rapport détaillé que j’intitulai ironiquement «Petits meurtres entre amis… chrétiens». J’y détaillais les dégâts causés et leurs conséquences pour les internautes, en remontrant que, loin de n’affecter que les recherches sur mon nom dans le site de l’AJCF, on trouvait les mêmes liens morts générés par les suppressions des textes qui n’y figuraient plus désormais, dans les nombreuses pages Web qui, à un titre ou à un autre, évoquaient ma personne et/ou mes livres. Mon rapport comportait un long relevé des résultats de recherches effectuées par le truchement de Google sur mon nom et les titres de mes livres, lesquelles renvoyaient à des centaines de liens morts ou erronés.

Il en prit rien moins que trois semaines de lettres, messages e-mail et autres relances de ma part pour que les responsables convainquent la webmestre de restituer les textes disparus et de rectifier les mentions volontairement erronées ayant pour but de tromper les moteurs de recherche, comme, entre autres, la déformation volontaire de mon nom en “Marina” ou “Massina“, au lieu de Macina!

Le croiriez-vous? Une vérification de dernière minute me fit découvrir que l’irréductible n’avait pu se retenir de frapper encore! Plus modestement certes, mais indéniablement, en supprimant arbitrairement, dans les textes restitués, telle mention, ou tel lien qui figuraient dans leur version originale[11].

J’estimai que c’en était trop. Surtout, j’étais bien décidé à débrider l’abcès. Car, en définitive, la véritable question qu’il convient de se poser (et je gage qu’elle vous titille depuis le début de votre lecture de ce chapitre) est la suivante: Qui donc est au juste cette personne exerçant une fonction, somme toute subalterne, pour s’autoriser à exercer une censure, voire un boycott des écrits d’un auteur, contesté par certains, mais apprécié par d’autres, et que, jusqu’ici, aucune autorité n’a taxé d’hérésie ou d’enseignement subversif? Et son corollaire: pourquoi les responsables de l’Association ne mettent-ils pas bon ordre à cette situation inédite? J’ai des éléments de réponse, mais contrairement à celle qui se conduit de telle manière à mon égard et aux responsables qui la couvrent, au moins implicitement, je me garderai de formuler quelque accusation que ce soit, ne serait-ce que par souci de la réputation des personnes en cause. De même, je n’ai pas demandé que soit infligée une quelconque sanction à cette employée, malgré la faute déontologique grave qu’elle a commise en exploitant son expertise en matière de gestion de site pour nuire à ma réputation d’auteur. Enfin, bien que fondé à le faire, je n’ai pas exigé d’excuses de sa part. Par contre, ce que je ne suis pas prêt à supporter davantage, c’est le silence – qui confine à la complicité – qu’oppose la présidente de l’AJCF  à la simple question que je lui ai posée à plusieurs reprises: «Quelle est votre position en cette affaire?»

Je sais que la webmestre de l’AJCF a des attributions bien supérieures à celles de sa fonction officielle, et qu’elle s’en acquitte avec compétence. De ce fait, elle est devenue indispensable aux dirigeants, qui lui délèguent des tâches qui leur incombent et qu’ils n’ont pas toujours la possibilité ou la force d’accomplir en raison des multiples autres responsabilités auxquelles ils doivent faire face. C’est, à mon avis, la raison majeure de l’immunité morale et de l’impunité professionnelle, dont cette personne jouit indûment. Je n’ai évidemment pas qualité pour juger les responsables qui tolèrent cette situation peu commune et passablement choquante en soi, laquelle a eu pour conséquence de faire obstacle à l’expression et à la réception de ma pensée dans le milieu même auquel elle était destinée de manière privilégiée, et qui aurait dû l’accueillir en toute équité : l’Amitié Judéo-Chrétienne.

Je vois, dans cet épisode, une récapitulation significative d’autres événements antérieurs de ma vie, dont le point commun est que des «gens de bien» ont rejeté mon témoignage et fait obstacle à sa diffusion. Cet événement m’a fait comprendre une fois pour toutes que, si petit que je sois à mes propres yeux, si pécheur surtout, je ne devais plus craindre de “dénoncer à mon peuple ses péchés” (cf. Ml 3, 8), ni de démasquer les hypocrites qui “passent pour justes aux yeux des hommes” (cf. Lc 16, 15), mais “être rempli de force […] de justice et de courage, pour proclamer à Jacob son crime, à Israël son péché” (cf. cf. Is 58, 1).

Dans les chapitres qui suivront ce long préambule, je remonterai le cours événementiel de mon existence en en revisitant les épisodes qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, après avoir longtemps “regimbé contre l’aiguillon” (cf. Ac 26, 14). Tout s’est passé pour moi comme si j’étais sans cesse en butte à l’injonction courroucée du prophète Amasias, qui assurait au peuple une paix que Dieu ne l’avait pas chargé d’annoncer, à l’encontre de Jérémie, qui prophétisait le désastre: “Tu ne prophétiseras pas contre Israël, tu ne prêcheras pas contre la maison d’Isaac” (Am 7, 16). – “Que le lecteur comprenne!” (cf. Mt 24, 15).

————————————–

[1] J’y ai fait plusieurs allusions dans mes livres; voir, entre autres, Confession d’un fol en Dieu, éditions Docteur angélique, Avignon, 2012, surtout p. 131 ss.
[2] Debriefing, Rivtsion, En un seul Esprit.
[3] Chrétiens et juifs depuis Vatican II (2009) ; Les frères retrouvés (2011), réédité en livre électronique, sous le titre Si les chrétiens s’enorgueillissent ; L’apologie qui nuit à l’Église (2012) ; Confession d’un fol en Dieu (2012) ; La pierre rejetée par les bâtisseurs (2012) ;  Un voile sur leur cœur (2012) ; Les Églises face à la déréliction des juifs  – 1933-1945 (2012).
[4] Chrétiens et juifs depuis Vatican II (2009), présentation et recension par le prof. Y. Chevalier, sur le site de l’AJCF.
[5] Mise en ligne, le 1er août 2010, sur le site quasi officiel, Cristiano Cattolico.it, et également sur ceux de Zammerumaskil et de Scheggia, traduction française en ligne sur mon site rivtsion.org.
[6] «Ma foi chrétienne en la messianité du Christ est totalement indissociable de ma foi juive dans “le Royaume qui vient, de notre père David” (cf. Mc 11,10). Ma foi chrétienne dans l’accomplissement des Écritures et des prophéties dans le Christ est totalement inséparable de ma foi juive dans le rétablissement du peuple juif et de sa royauté messianique» (in Chrétiens et juifs depuis Vatican II, Op. cit., p. 357, présenté sur le site de l’association, et flanqué d’une recension très positive du prof. Yves Chevalier, directeur de Sens, la revue de  l’AJCF; voir aussi sa postface de ce livre.
[7] Il s’agit de Il s’agit de Les frères retrouvés (2011), recension par le prof. Yves Chevalier, réédité en livre électronique, sous le titre Si les chrétiens s’enorgueillissent, et de L’apologie qui nuit à l’Église (2012).
[8] Voir «Ma protestation contre le “syncrétisme” qu’on m’impute».
[9] Voir « Deux responsables de l’AJCF se dissocient de ma stigmatisation comme “syncrétiste” ».
[10] Il s’agit de l’hommage rendu à Michel Remaud, par le Fr. Pierre Lenhardt, en l’honneur de sa réception du Prix 2010 de l’Amitié Judéo-Chrétienne; bien qu’il contienne deux mentions élogieuses de ma personne, et qu’il eût certainement subi le sort des autres s’il m’avait été consacré exclusivement, la webmestre ne pouvait décemment pas le supprimer si ce n’est au détriment de Michel Remaud, d’où le maintien de ce texte sur le site.
[11] Voir «Restitutions tronquées de la présentation et d’une recension de mon ouvrage».

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Ludwig Müller, évêque du Reich faisant le salut nazi

Cette photo témoigne de l’appartenance assumée au parti nazi de l’évêque (protestant), nommé évêque du  Reich par Hitler lui-même: Ludwig Müller

http://www.ushmm.org/lcmedia/photo/lc/image/08/08024.jpg
Aufnahmedatum: 23.09.1934 – Aufnahmeort: Berlin
Systematik: – Geschichte / Deutschland / 20. Jh. / NS-Zeit / Innenpolitik / Protestanten / “Deutsche Christen”

 

bnbnbn

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Interface de gestion des contenus des WebBooks de M. Macina

Ceci est un avant projet (à peine Alpha).

Il s’agit de mettre au point une espèce de catalogue raisonné des thèmes et idées abordés dans la demi-douzaine de mes publications mises en ligne sur mes blogues de livres présentés au moyen de l’outil de mise en page développé par PressBooks:

Exemple de l’efficacité de l’indexation sur le Web: une recherche Google sur la séquence: Rosadini + millénarisme donne la réponse exacte suivante, en 5ème position:

III. La doctrine d’un royaume millénaire du Christ sur terre est-elle …
voilesurleurcoeur.pressbooks.com/…/iii-la-doctrine-dun-roy…

Exposé biaisé de la doctrine des Pères millénaristes par un commentateur … dû au P. Silvius Rosadini, jésuite, et paru, en latin, dans la revue Periodica…

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Ceci est un essai

essai

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Parler de Dieu de personne à personne, à l’ère de la communication de masse

Comme beaucoup d’auteurs lucides, je ne me fais guère d’illusions : je sais, par les statistiques que me communiquent mes éditeurs, que mes livres ont très peu de lecteurs. Jadis, je pensais – comme beaucoup le croient encore aujourd’hui – que cet insuccès devait tenir aux sujets dont je traite et/ou à la manière dont j’en écris. Cette perception était confirmée par les « amis », du genre « bons conseilleurs », qui pullulent, comme l’aura expérimenté quiconque a eu affaire à eux. Leur raisonnement est simple, lumineusement simple. Si vous n’êtes pas lu, c’est que « vous n’êtes pas bon » ; que votre prose est indigeste, que les problématiques dont vous traitez n’intéressent que très peu de gens. Bref, pour ces censeurs, vous êtes toujours « trop » ceci, et/ou « pas assez » cela. Je passe sur le fait que celles et ceux qui vous enfoncent sur le crâne cette « couronne d’épines », n’ont généralement pas lu vos écrits, ou si peu… Je profite de ces considérations pour signaler au passage que c’est la même « consolation » que l’on prodigue à ceux qui ont échoué sur le plan professionnel, social, familial, affectif, etc.

Les « bons conseilleurs » ont horreur des perdants, comme tout un chacun a horreur de la mort des autres, car elle annonce l’inéluctabilité de la leur. Et qu’on ne s’imagine pas qu’en écrivant cela, je cherche à me justifier ou que je pose en victime. Surtout pas. Je cherche tout simplement à vérifier si ces accusations sont fondées. On lira ci-après le résultat de mon investigation et chacun(e) jugera si mon analyse est pertinente, ou si elle ressortit plutôt au plaidoyer pro domo, ou encore à l’autojustification, dans le genre : tout ce qui m’arrive est la faute des autres.

Mon cas ne fait qu’illustrer l’un des paradoxes de notre époque d’hyper-communication. Avant Internet, les gens n’avaient pas la possibilité de lire ce qui se publiait, et encore moins celle de communiquer avec des centaines, voire des milliers de gens, sauf à devoir écrire à chacun d’eux. Aujourd’hui, avec le développement exponentiel des publications en ligne sur le réseau interconnecté, encore surnommé « Toile » (Internet), on peut constater la justesse de la formule célèbre : « trop d’information tue l’information ». C’est l’époque de la multiplication anarchique des sources d’information par le biais de sites et de blogs qui éclosent par dizaines de milliers chaque année, si bien qu’effrayés par le nombre et par la “babélisation” du Net, beaucoup d’internautes rétrécissent drastiquement le cercle de leurs sources d’information en ligne, outre qu’ils sont souvent incapables de discerner le vrai du faux dans ce qu’ils lisent, ou, au mieux, de distinguer l’essentiel de l’accessoire.

C’est une difficulté, mais ce peut être une chance. Mutatis mutandis, c’est ce qui a dû arriver aux disciples du Christ dans les premières décennies du christianisme. De quelques dizaines, puis quelques centaines, dans les débuts, ils sont rapidement devenus des milliers, puis des myriades, et, très vite, il ne fut plus possible à chacun d’eux d’être au fait de ce que pensaient, disaient et écrivaient tous les croyants acquis à la personne et à la doctrine de Jésus. Au lieu de le déplorer, les successeurs des Apôtres se sont adaptés. Ils ont compris que l’Esprit souffle où Il veut et agrège à la communauté des croyants des personnes de toutes origines, cultures, provenances et conditions. C’était et c’est toujours cela, l’Église : l’assemblée des croyants appelés et rassemblés dans l’Esprit Saint.

C’est sans doute ce phénomène qu’Isaïe avait prophétisé en ces termes :

Ils diront de nouveau à tes oreilles, les fils dont tu étais privée: « L’endroit est trop étroit pour moi, fais-moi une place pour que je m’installe. » Et tu diras dans ton cœur : « Qui m’a enfanté ceux-ci ? J’étais privée d’enfants et stérile, exilée et rejetée, et ceux-ci, qui les a élevés ? Pendant que moi j’étais laissée seule, ceux-ci, où étaient-ils ? ». (Is 49, 20-21).

Quelque chose me dit que, si nous sommes fidèles et si Dieu a décidé de se servir de nos infimes personnes pour faire connaître une partie de Son dessein, c’est ce qui arrivera à celles et ceux qui nous succéderont dans le temps. C’est à propos de cela que je voudrais échanger, en toute familiarité et amitié, avec celles et ceux qui dialoguent déjà avec moi, depuis 5 ou 6 ans, pour les uns, et depuis un an ou quelques mois, pour les autres, ainsi qu’avec les nouveaux venus.

Du Babel de la collectivité à l’intimité et à l’intériorité de l’individu

Il me semble que l’on assiste aujourd’hui à une réédition du récit mythique de la « confusion des langues » qui résulta de la tentative prométhéenne des hommes d’escalader les cieux pour atteindre le domaine des dieux :

Ils dirent: « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! » (Gn 11, 4).

La réaction de Dieu, telle que nous la relate l’Écriture, est déroutante à première vue :

Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Eh bien, descendons et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres. Et Le Seigneur les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. (Gn 11, 6-8).

Les commentaires traditionnels, tant juifs que chrétiens, expliquent qu’en s’unifiant ainsi prématurément, l’humanité s’écartait du dessein de Dieu qui était de la disperser pour qu’elle peuple toute la terre. La réalité est sans doute plus complexe, et la tentation est grande de voir, dans cette geste biblique, une anticipation de l’instrumentalisation de l’interconnectivité à l’échelle de la planète, par une puissance – collective ou personnelle – qui la monopolisera à des fins criminelles pour subvertir l’humanité et assurer la domination de « l’Adversaire » :

Celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu… » (2 Th 2, 4).

Mais je n’entrerai pas ici dans cette spéculation. Je m’en tiens donc à l’analogie de situations dont cet épisode est le type. Babel dérive d’une racine verbale hébraïque qui connote la confusion. Et n’est-ce pas justement ce qui se produit sous nos yeux ? Par la puissance de la technologie, des millions d’individus s’expriment, espérant que ce qu’ils disent ou écrivent va atteindre des myriades d’hommes et de femmes. Des individus qui, auparavant, n’auraient pas eu la moindre chance de voir leurs idées publiées dans un livre, un journal, ou même une « feuille de chou » ronéotypée, ont maintenant un auditoire virtuellement planétaire. Bien sûr, telle n’est pas la réalité, car quand tout le monde parle en même temps aucun discours n’est audible. Et c’est ce qui se passe. Chacun(e) expose ses idées, sa conception du monde, ses critiques, assène ses certitudes à un lectorat aussi hypothétique que virtuel. Mais combien lisent ce qu’expriment les millions de candidats à l’écoute planétaire ? Et quand, d’aventure, l’un ou l’autre réagit, c’est presque toujours pour contre-attaquer, dire diamétralement le contraire de ce qu’il a mal lu, ou mal compris. L’essentiel, pour chacun des protagonistes, c’est de faire entendre sa voix, dans l’espoir d’être entendu, reconnu, ou tout simplement d’exister aux yeux des autres.

Je pourrais étendre à l’infini le discours sur ce sujet, mais tel n’est pas le but de cet échange avec celles et ceux qui sont partie prenante de notre initiative, ou s’y intéressent en tant qu’observateurs.

Entre le Charybde du providentialisme et le Scylla du rationalisme

Voici plus d’une décennie que je m’interroge sur la meilleure manière de tirer parti des nouvelles technologies en matière de communication virtuelle, sans déshumaniser l’échange interpersonnel qui est à la base du témoignage d’un individu, qu’il soit le fruit de sa propre réflexion, ou d’une motion divine. Des circonstances récentes et particulièrement l’implication active de deux d’entre vous dans la diffusion de ma pensée, m’ont permis de résoudre ce dilemme.

Constatant, comme je l’écrivais au début de cette réflexion, que mes livres n’atteignent que fort peu de lecteurs, bien qu’ils soient correctement édités et distribués par des entreprises professionnelles, je me suis ouvert de mes doutes aux deux amis évoqués ci-dessus et nous avons fait plusieurs « brainstormings » à ce propos. Il en est ressorti ce qui suit.

Certes, les thèmes de mes écrits et la manière dont j’expose mes conceptions ne sont pas du genre littérature à sensation. Mais une longue expérience et des échanges, de vive voix ou virtuels, ont permis d’établir que de nombreux chrétiens (pratiquants ou non) cherchent Dieu en toute sincérité, et seraient sensibles aux thématiques que j’aborde. Mais comment peuvent-ils savoir qu’existent des livres qui correspondent à leurs aspirations, et des personnes qui y trouvent nourriture pour leur foi et consolation spirituelle ?

Pour fixer les choses sur ce point, il faut connaître la trajectoire d’un livre (quelle qu’en soit la nature ou le thème). Après impression, distribution et mise en place chez les libraires et quelques sociétés de vente par correspondance, un livre se fond très vite dans la masse des dizaines de milliers d’autres qui s’éditent chaque année. A moins de bénéficier d’appuis médiatiques puissants, ou d’un concours de circonstances exceptionnel, suite à des critiques élogieuses, par exemple, ou – mais c’est vraiment le top – d’une mention appuyée dans les médias audiovisuels, un livre mettra des années à s’imposer, ou sombrera dans un oubli, aussi rapide qu’irréversible, quelle que soit sa valeur intrinsèque.

Je confesse que, tard venu à l’écriture pour le grand public (fin 1999), j’ai d’abord partagé l’opinion commune qui considère que tout ou presque est fait dès lors qu’un livre a trouvé éditeur et figure, au moins théoriquement, au catalogue électronique des libraires. Comme j’écris des ouvrages spirituels pour des croyants, j’ai partagé, pendant un temps, l’opinion – très en vogue dans certains mouvements chrétiens, spécialement ceux qui sont issus du Renouveau charismatique – qu’il faut faire confiance à la Providence, voire à l’intervention miraculeuse de Dieu, censées assurer la diffusion de la bonne parole que l’on diffuse. Même si ce fut avec hésitation, j’ai d’abord fait mienne l’analogie, très répandue, du paysan qui sème et attend de Dieu la fructification de son labeur. Et certes, il y a du vrai dans cette attitude, sauf que le fait est là, patent, indiscutable: seuls viennent à la connaissance d’un public potentiel de lecteurs concernés, les ouvrages qui bénéficient de ce qu’on appelle une « promotion », au sens commercial du terme, que ce soit par voie de publicité traditionnelle, ou par incitation à l’acquisition, particulièrement au sein des mouvements, dont la « force de frappe » médiatique interne est considérable.

J’ai trop de lucidité pour me réfugier dans l’autosuggestion. Aussi n’ai-je pas tardé à me convaincre que, sans les appuis et relais évoqués, mes livres n’avaient aucune chance d’atteindre des lecteurs potentiels, qui, en tout état de cause, ignorent jusqu’à mon existence et celle de mes ouvrages publiés. Or, cette même lucidité me rendait conscient que, n’étant pas du sérail et ne disposant pas d’une « cote » telle que mes éditeurs – à supposer qu’ils en aient les moyens – assurent à mes livres une promotion digne de ce nom, la diffusion de ma pensée resterait ultraconfidentielle en termes d’exemplaires vendus.

À ce stade, il me faut préciser que, bien que mon train de vie soit très modeste, mon problème n’est pas pécuniaire. À quelques rarissimes exceptions près, les auteurs ne vivent pas de la vente de leurs livres, a fortiori dans le domaine qui est celui de mes écrits. Je ne suis pas davantage mû par la soif de notoriété, sinon j’écrirais sur des sujets en vogue. Alors, demandera-t-on peut-être, qu’est-ce qui vous pousse à vous obstiner à écrire et à publier ? La réponse est simple, même si elle peut laisser sceptique : c’est pour ne pas être infidèle aux grâces reçues que je persévère dans cette voie du témoignage public. Le parallèle typologique scripturaire, dans mon cas, ce n’est pas la parabole du semeur, mais celle de l’intendant auquel son maître a confié de l’argent pour qu’il le fasse fructifier (cf., entre autres, Mt 25, 14 s.). Bref, il est clair à mes yeux que, pour ne pas encourir les reproches de mon Maître lorsque je paraîtrai devant Lui, il me faut porter les intérêts du capital de grâces qu’il m’a remis en dépôt. Et pour cela, un seul moyen est à ma disposition : l’investir dans les esprits et les âmes de mes coreligionnaires.

Réfléchissant récemment avec un ami sur l’une des « visitations » d’en-haut les plus redoutables qui me soient advenues, à savoir, l’annonce que « Dieu a rétabli son peuple [juif] » (voir mon livre intitulé Confession d’un fol en Dieu, p. 35 s.), lui et moi sommes tombés d’accord sur le fait que rien ne m’autorise à taire l’événement, même si, à tort ou à raison, j’ai cru devoir garder à son propos un silence public de plus de quarante ans. Et nous sommes parvenus à la conclusion qu’il incombait à celles et ceux qui sont convaincus « que c’était là une parole du Seigneur » (Cf. Za 11, 11), d’en diffuser la bonne nouvelle, conjointement à mes écrits. Mais mon ami ne s’en est pas tenu là. Joignant le geste à la parole, il a convaincu certains de ses amis, relations et même collègues de travail, dont il connaît la piété et l’aspiration aux choses de Dieu, de lire ces textes. Quand, au cours d’un entretien téléphonique récent, il m’a fait part de son initiative, j’ai été rempli d’une joie intérieure paisible mais intense, et c’est presque en même temps que nous nous sommes exclamés : « C’est un peu comme la prédication des apôtres et des disciples du Christ aux tout débuts de l’Église ».

Ces menus faits récents sont à l’origine du présent texte que je vous adresse, mes ami(e)s dans le Seigneur, qui avez eu l’humilité de croire à ce qui m’est advenu et qui, depuis, ne cessez de lire ce que j’en écris, pour vous en imprégner et vous l’approprier afin de le transmettre fidèlement à d’autres.

C’est ainsi que cohabitent, dans l’« aujourd’hui de Dieu » (cf. He 3, 7.13, etc.), la diffusion traditionnelle de la foi, de personne à personnes, telle que l’ont pratiquée les premiers chrétiens – et qui reste toujours indispensable – et la mise à disposition de tous, par les moyens modernes de communication, de l’immense trésor spirituel de la connaissance du dessein de Dieu et de sa volonté, accumulé au fil des siècles par la rumination qu’en ont faite des myriades de saints serviteurs et servantes de Dieu, et dont moi-même, « en tout dernier lieu, comme l’avorton » (cf. 1 Co 15, 8), je me fais le diffuseur.

Tout ce qui nous est demandé d’ici là, c’est de veiller et de prier pour nous préparer à l’avènement des Temps messianiques et d’en avertir nos frères. Jusqu’à ce que l’Esprit, que le Christ a demandé à son Père d’envoyer en son nom, pour qu’il enseigne et rappelle aux croyants tout ce qu’il avait dit à ses disciples (cf. Jn 14, 26), soit « répandu sur toute chair » (cf. Jl 3, 1).

« Réconfortez-vous donc les uns les autres par ces paroles » (1 Th 4, 18).

Menahem

17 octobre 2012

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