Quand un roi d’Arabie et un dirigeant juif américain croyaient à la paix entre Sionistes et Arabes

 

Texte repris du site Harissa

Je remercie M. Tubiana de m’autoriser à le mettre en ligne ici.

J’ai présenté ces documents que j’ai recherchés pour démontrer la vision que les leaders arabes et les leaders juifs avaient en 1919, et que depuis le début les forces étrangères ont tout fait pour capitaliser sur les petites différences de détails entre les peuples, dans leur intérêt. J’espère qu’à l’heure actuelle, le peuple juif et le peuple arabe cherchent une solution positive, la sagesse juive et arabe suivra les pas des deux grands visionaires arabe et juive et que les deux peuples pourront faire du Moyen Orient une zone florissante de la terre, où chaque personne trouvera sa dignité, sa sécurité et son confort culturel et économique.

Emile Tubiana
—————————

 

Délégation Hedjazienne, Paris 1.III.1919

Cher M. Frankfurter,
Je veux saisir cette occasion de mon premier contact avec les Sionistes américains pour vous dire ce que j’ai souvent pu dire au Dr Weizmann dans le passé.

Nous estimons que les Arabes et les Juifs sont des cousins de race, ont souffert d’oppressions semblables des mains de puissances plus fortes qu’eux et, par une heureuse coïncidence ont pu franchir ensemble la première étape de l’accomplissement de leurs idéaux nationaux.

Nous Arabes, particulièrement ceux qui sont instruits, regardons avec la plus profonde sympathie le mouvement sioniste. Notre délégation, ici à Pars, est dûment mise au courant des propositions soumises hier par l’organisation sioniste à la Conférence de la Paix, et nous les considérons comme modérées et appropriées. Nous ferons de notre mieux, pour autant que nous sommes concernés, pour aider à leur réception : nous souhaiterons aux Juifs une chaleureux bienvenue chez eux.

Nous avons et continuons à avoir les relations les plus étroites avec le chef de votre mouvement, le Dr Weizmann. Il a beaucoup contribué à notre cause, et j’espère que les Arabes seront bientôt en mesure de rendre aux Juifs le bien qu’ils nous ont fait. Nous travaillons ensemble pour un Proche-Orient réformé et amélioré, et nos deux mouvements se complètent mutuellement. Le mouvement juif est national et non impérialiste, et il y a de la place pour nous deux en Syrie. [La Syrie d’alors comprenait les territoires situés dans la région de Suez, en Israël, en Jordanie, au Liban et dans la Syrie actuelle].

J’estime, en effet, que l’un ne peut vraiment réussir sans l’autre.

Les gens moins informés et moins responsables que nos dirigeants et les vôtres, ignorant la nécessité d’une coopération entre Arabes et Sionistes, avaient essayé d’exploiter les difficultés locales qui doivent nécessairement surgir en Palestine dans les premiers pas de nos mouvements respectifs. Je crains que certains d’entre eux aient mal présenté vos objectifs aux peuples arabes et nos objectifs au peuple juif, avec pour résultat que les parties intéressées ont pu capitaliser sur ce qu’ils appellent nos différences.

Je veux vous exprimer ma ferme conviction que ces différences ne portent pas sur des questions de principe, mais sur des problèmes de détails, comme il s’en produit inévitablement à chaque contact entre peuples voisins, mais qui peuvent être réglés aisément avec une bonne volonté mutuelle. En effet presque tous disparaîtront quand nous nous connaîtrons mieux.

Mon peuple et moi aspirons à un avenir où nous nous aiderons mutuellement, de sorte que les pays auxquels chacun de nous s’intéresse puissent à nouveau prendre leur place respective dans la communauté des peuples civilisés du monde.

Avec mes sincères salutations.

(Signé) Feisal

About Maheqra

Ancien universitaire et chercheur. Licence d'Histoire de la Pensée Juive de l'Université Hébraïque de Jérusalem. Spécialisé dans l'étude du Judaïsme et du christianisme dans leurs différences et dissensions, ainsi que dans leur dialogue contemporain.
This entry was posted in ISRAËL, Pays arabes, Proche-Orient. Bookmark the permalink.

Comments are closed.