A celles et ceux qui sont prêts à résister à l’Antichrist

28 juillet 2011

Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. (Is 29, 13 = Mt 15, 8).

 

Le Seigneur L’Éternel m’a donné un langage de disciple pour que je sache apporter à l’épuisé une parole de réconfort. (Is 50, 4a).

La méditation qui suit est le fruit de mes fréquents et longs entretiens des mois écoulés avec l’un des rares chrétiens que je connaisse, qui, comme moi, estime que « c’est le moment d’agir pour le Seigneur » (cf. Ps 119, 126) et, en conséquence, s’est engagé dans la radicale révision de vie et le sincère proces­sus de conversion intérieure auxquels nous invitent les événe­ments actuels. Comme tous ceux qui ont pris conscience de l’assoupissement de notre vigilance (cf. Mc 13, 36), de l’affadissement du sel de notre foi (cf. Lc 14, 34-35), du refroidissement de notre amour (cf. Mt 24, 12), et de l’extinction qui menace la lampe de notre discernement (cf. Mt 25, 1-13), nous avons compris que, faute de remédier à cet état de choses, nous risquons d’être emportés comme au temps du déluge (cf. Mt 24, 39), à « l’heure de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre » (cf. Ap 3, 10), au « temps de la détresse » (Is 33, 2; Jr 30, 7; Lc 21, 23, etc.), et au « jour de la colère de l’Éternel » (So 1, 18).

Nous reconnaissons qu’il ne sert à rien de nous lamenter sur « l’agnosticisme et la dépravation de la société », ni d’en appeler à Dieu pour qu’il convertisse « les autres », comme si nous-mêmes n’avions pas besoin qu’il nous « délivre de la colère qui vient » (cf. 1 Th 1, 10). Nous percevons que, quand paraîtra le dernier Précurseur qu’annonce l’Ecriture – Élie (Si 48, 10) –, cette sévère apostrophe du premier – Jean le Baptiste (Mt 3, 7-12) – prendra tout son sens :

Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne du repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes: Nous avons pour père Abraham. Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. Pour moi, je vous baptise dans l’eau en vue du repentir; mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne d’enlever les sandales ; lui vous baptisera dans l’Esprit saint et le feu. Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire; il recueillera son blé dans le grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas.

Il est patent, en effet, que Jésus n’a pas réalisé à la lettre ce que prophétisait Jean. Et le baptême de feu qu’il annonçait n’est pas le « feu de l’amour », comme le prêchent les « prophètes de paix » (Jr 28, 9), qui passent sous silence la « pelle à vanner » et les « bales » que « consumera le feu qui se s’éteint pas ». Jean annonçait le jugement eschatologique, que peu de clercs et de fidèles prennent vraiment au sérieux aujourd’hui, ou qu’ils repoussent tellement aux calendes de l’histoire, qu’il en devient irréel et n’interpelle plus les fidèles.

Convaincus que, malgré les apparences, il ne se pouvait pas que nous soyons les seuls au monde à nous inquiéter de cet état de choses, mon ami et moi avons évoqué l’angoisse d’Élie, qui correspondait si bien à la nôtre et, ouvrant notre bible, nous y avons lu (1 Rois 19, 14-15a.18):

14. [Élie] répondit : Je suis rempli d’un zèle jaloux pour L’Éternel Sabaot, parce que les Israélites ont abandonné ton alliance, qu’ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l’épée. Je suis resté moi seul, et ils cherchent à m’enlever la vie. 15. L’Éternel lui dit : […] 18. je laisserai en Israël sept milliers, tous les genoux qui n’ont pas plié devant Baal et toutes les bouches qui ne lui ont pas envoyé des baisers.

Nous nous sommes réjouis de constater que, c’est en se référant à cet épisode, que Paul avait conclu, dans l’Esprit Saint, au non-rejet du peuple juif (Romains 11, 1-5), et avait considéré ceux des juifs qui avaient cru au Christ comme le germe de ce « reste » dont parle l’Ancien Testament (p. ex. et entre autres : 2 R 19, 31 ; Is 10, 21.22 ; 37, 32 ; Mi 4, 7) :

1. Je demande donc : Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certes non ! Ne suis-je pas moi-même Israélite, de la race d’Abraham, de la tribu de Benjamin ? 2. Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné. Ou bien ignorez-vous ce que dit l’Écriture à propos d’Élie, quand il s’entretient avec Dieu pour accuser Israël : 3. Seigneur, ils ont tué tes prophètes, rasé tes autels, et moi je suis resté seul et ils en veulent à ma vie ! 4. Eh bien, que lui répond l’oracle divin ? Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal. 5. Ainsi pareillement, au temps présent, il y a un reste, élu par grâce.

Nous nous sommes alors souvenus que le Livre de l’Apocalypse dévoile par avance ce qu’il adviendra de ce « reste » au temps de la fin, et nous y avons lu la détresse et le sentiment d’abandon que tant de justes ont éprouvé au fil des siècles et qui atteindra son paroxysme lors de la persécution de l’Antichrist (Ap 6, 9-11) :

9. Lorsqu’il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu. 10. Ils crièrent d’une voix puissante : Maître saint et vrai, qu’attends-tu pour juger et faire justice de notre sang sur les habitants de la terre ? 11. Alors on leur donna à chacun une robe blanche en leur disant de se reposer encore un peu de temps, jusqu’à ce que fussent au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort comme eux.

Nous avons constaté l’existence, dans le même livre, de la phrase étonnante qui figure au verset 10 du passage suivant de l’Apocalypse (Apocalypse 13, 7-10) :

7. On donna [à la Bête] de mener campagne contre les saints et de les vaincre ; on lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation; 8. et ils l’adoreront, tous les habitants de la terre dont le nom ne se trouve pas écrit, dès l’origine du monde, dans le livre de vie de l’Agneau égorgé. 9. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! 10. Les chaînes pour qui doit être enchaîné ; la mort par le glaive pour qui doit périr par le glaive ! D’où l’endurance et la foi des saints.

Autre évidence : l’apôtre Pierre ne laisse aucun doute sur l’issue inéluctable des prophéties qui annoncent ces événements ultimes (2 Pierre 3, 3-10) :

3. Sachez tout d’abord qu’aux derniers jours, il viendra des railleurs pleins de raillerie, guidés par leurs passions. 4. Ils diront : Où est la promesse de son avènement ? Depuis que les Pères sont morts, tout demeure comme au début de la création. 5. Car ils ignorent volontairement qu’il y eut autrefois des cieux et une terre qui, du milieu de l’eau, par le moyen de l’eau, surgit à la parole de Dieu 6. et que, par ces mêmes causes, le monde d’alors périt inondé par l’eau. 7. Mais les cieux et la terre d’à présent, la même parole les a mis de côté et en réserve pour le feu, en vue du jour du Jugement et de la ruine des hommes impies. 8. Mais voici un point, très chers, que vous ne devez pas ignorer : c’est que devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. 9. Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains [qui] l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. 10. Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ; en ce jour, les cieux se dissiperont avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée.

Il nous a semblé que, par cette dure prophétie, Pierre anticipe le triomphe blasphématoire temporaire des « railleurs » qui, constatant le temps considérable écoulé entre la menace et l’exécution des châtiments, se convainquent et tentent d’en persuader les autres que les prophéties ne se réaliseront jamais. L’apôtre prévient du même coup les fidèles du découragement et de la souffrance atroces qui seront le lot des justes qui attendent la justice de Dieu, quand ils subiront la persécution de l’Antichrist et les sarcasmes de ceux qui se seront rangés dans son camp, durant une période qui leur paraîtra interminable, bien qu’elle soit limitée dans le temps – environ trois ans et demi, selon l’Apocalypse (Ap 11, 2.3) et le Livre de Daniel (12, 11.12). L’ampleur et l’horreur de l’épreuve qui précédera le Jour du Seigneur, s’expriment dans cette phrase inquiétante de Matthieu (24, 24) :

Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus.

Et Luc (21, 19) ne fait pas mystère de l’héroïsme dont il faudra faire preuve alors :

C’est par votre persévérance que vous vous sauverez !

Il nous est apparu que c’est la future résistance surnaturelle de ce « reste », prophétisée par ces textes, qu’anticipent, de génération en génération et jusqu’à la confrontation finale, les bons et loyaux serviteurs de Dieu, inextricablement mêlés aux impies dans le temps de l’histoire, sans que le Seigneur les secoure, comme l’explique le Christ dans sa parabole sur l’ivraie et le bon grain (Matthieu 13, 24-30 ; 37-43) :

24. Il leur proposa une autre parabole : Il en va du Royaume des Cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ. 25. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu, il a semé à son tour de l’ivraie, au beau milieu du blé, et il s’en est allé. 26. Quand le blé est monté en herbe, puis en épis, alors l’ivraie est apparue aussi. 27. S’approchant, les serviteurs du propriétaire lui dirent : Maître, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il s’y trouve de l’ivraie ? 28. Il leur dit : C’est un ennemi qui a fait cela. Les serviteurs lui disent : Veux-tu donc que nous allions l’enlever ? 29. Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l’ivraie, d’arracher en même temps le blé. 30. Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson ; et au moment de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord l’ivraie et liez-la en bottes que l’on fera brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier. […] 37. Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; 38. le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; l’ivraie, ce sont les sujets du Mauvais ; 39. l’ennemi qui la sème, c’est le Diable ; la moisson, c’est la fin de [cette] ère ; et les moissonneurs, ce sont les anges. 40. De même donc qu’on enlève l’ivraie et qu’on la consume au feu, de même en sera-t-il à la fin du monde : 41. le Fils de l’homme enverra ses anges, qui ramasseront de son Royaume tous les scandales et tous les fauteurs d’iniquité, 42. et les jetteront dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents. 43. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Entende, qui a des oreilles !

A comparer avec cet oracle de Malachie (3, 19-21) :

19. Car voici : le Jour vient, brûlant comme un four. Ils seront de la paille, tous les arrogants et malfaisants ; le Jour qui arrive les embrasera – dit L’Éternel Sabaot – au point qu’il ne leur laissera ni racine ni rameau. 20. Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons; vous sortirez en bondissant comme des veaux à l’engrais. 21. Vous piétinerez les méchants, car ils seront de la cendre sous la plante de vos pieds, au Jour que je prépare, dit L’Éternel Sabaot.

Des textes qui précèdent, quatre conclusions peuvent être tirées :

  1. Tous les « desseins » – bons et mauvais – des hommes, avec leur cortège d’iniquités et d’actes de piété, connus de la prescience de Dieu, doivent se manifester dans l’histoire et aller à leur terme (cf. 1 Ch 28, 9 ; Lc 2, 25 ; 1 Co 4, 5), donnant aux impies l’occasion de se repentir mais aussi de perpétrer, en tout temps, tout le mal qu’ils projettent, et fortifiant intérieurement les justes qui accomplissent le bien auquel ils tendent, et ce jusqu’au jour du Jugement.

  2. Attendre passivement qu’adviennent les tribulations prophétisées dans l’Ecriture pour la fin de notre ère, nous expose à apostasier quand se déchaînera l’iniquité.

  3. Nous préparer à affronter ces événements et en avertir nos frères et sœurs dans la foi est un devoir absolu.

  4. Diffuser ce message sur le Net, ou de toute autre manière, est, dans le monde et la culture d’aujourd’hui, l’équivalent de la prédication itinérante des apôtres et des disciples, au premier siècle de notre ère, pour diffuser leur foi ; c’est aussi le seul moyen de faire signe, par delà l’espace, à celles et ceux, dont le Seigneur seul sait le nombre, qui n’ont pas plié le genou devant « le dieu de ce monde » (2 Co 4, 4).

En conséquence, soucieux de porter notre témoignage à l’attention de ceux et celles qui voudront bien en examiner la teneur sans idée préconçue, nous le leur exposons par ce message, afin de savoir si nous n’avons pas « couru en vain » (cf. Ga 2, 2), et dans le but de mettre en commun avec la leur notre espérance et de bénéficier de leur discernement et de leur collaboration éventuels.

 


Menahem Macina (maheqra
@gmail.com)

Olivier Peel

Site : www.rivtsion.org

About Maheqra

Ancien universitaire et chercheur. Licence d'Histoire de la Pensée Juive de l'Université Hébraïque de Jérusalem. Spécialisé dans l'étude du Judaïsme et du christianisme dans leurs différences et dissensions, ainsi que dans leur dialogue contemporain.
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