Judée ou Palestine ? La preuve par les écrits chrétiens, Menahem Macina

27/05/2013

Ce dont je vais parler ici n’est pas nouveau. Je n’ai rien découvert qui ne soit connu des spécialistes. Pourtant, je crois indispensable de revisiter brièvement la question à l’intention des millions d’hommes et de femmes de bonne volonté qui croient sincèrement, sur la base d’une assonance verbale savamment instrumentalisée, que le pays où se sont  progressivement regroupés, depuis la fin du XIXe siècle, environ deux tiers de la population juive mondiale d’aujourd’hui, s’est toujours appelé « Palestine ». De cette conviction non critique, il découle fatalement que les Arabes de multiples nationalités – dont une infime minorité a vécu durant des siècles sur cette terre, avant d’y prospérer, à la faveur de la lente réhabilitation puis de l’extraordinaire mise en valeur du pays par les pionniers sionistes, et d’adopter le nom de « Palestiniens » – en sont les seuls citoyens légitimes, avec pour conséquence que les juifs n’en sont que des occupants.

Plutôt que de disserter à nouveau sur ce sujet complexe et polémique, je me contenterai de renvoyer à deux articles mis en ligne sur mon site debriefing (1), et d’ajouter les quelques précisions suivantes.

Quiconque connaît l’Antiquité et a lu les auteurs hellénistiques grecs et latins (même dans des traductions en langues modernes) n’aura pas manqué de remarquer que jamais le nom  « Palestine » ne désigne la terre d’Israël. Celle-ci est invariablement appelée Judée, ou Juda.

Le corpus littéraire le plus fiable et le plus incontestable à cet égard, car rédigé et transmis (au début du IIe siècle de notre ère) par la tradition chrétienne et non par les Juifs, est celui du Nouveau Testament. Il suffit de parcourir les livres qui le composent pour constater la même absence abyssale du terme « Palestine » et la présence importante des termes « Judée » ou « Juda » (2).

Une énigme demeure toutefois : comment se fait-il que la quasi-totalité des biblistes, théologiens et historiens chrétiens aient repris à leur compte, de manière routinière et acritique, au fil des siècles, la dénomination de « Palestine » ? A ma connaissance, le seul chercheur à avoir proposé une piste sérieuse est Nicolas Baguelin. Je ne saurais trop recommander son article que j’ai repris et mis en ligne sur mon site debriefing (3).

On constatera les similitudes entre mes arguments et les siens, pourtant j’avais écrit mon texte sans avoir connaissance du sien. Fort heureusement en cherchant via Google si quelqu’un s’était intéressé à « l’énigme » que j’évoque, j’ai eu le bon réflexe d’introduire comme termes de recherche les mots « Palestine », « catéchisme » et autres termes contextuellement proches de la thématique qui m’occupe, et c’est ainsi que j’ai trouvé cet article.

Il n’a rien d’érudit ni de pompeux, mais il fait preuve d’une intuition remarquable, que je crois juste, outre qu’il n’hésite pas à mettre en garde les chrétiens contre l’antijudaïsme sous-jacent à la substitution inappropriée du nom Palestine, aux expressions traditionnelles que la littérature chrétienne elle-même utilise à bon escient, à savoir : « Judée », « Juda » et « terre d’Israël ».

© Menahem Macina

P.S.: Dernière minute: J’ai tenu à vérifier chez un auteur ecclésiastique non suspect, en l’occurrence, Irénée de Lyon, la présence ou l’absence du terme « Palestine » et éventuellement la présence de celui de « Judée ». Je n’ai pas été déçu. Non seulement le terme « Palestine » n’est jamais mentionné par ce Père, mais au chapitre 24 de son ouvrage intitulé « Démonstration de la prédication apostolique », rédigé vers la fin du IIe siècle de notre ère, on peut lire cette phrase instructive: « Quand [Abraham] arriva sur la terre qui est maintenant appelée Judée, [Dieu] lui apparut dans une vision et lui dit : Je te donnerai cette terre, ainsi qu’à ta descendance après toi, en possession éternelle.» (Autres mentions du terme « Judée » dans cette oeuvre d’Irénée, aux chapitres 40, 58, 63, 64, 65, 77, 86).

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Notes

(1) « Les Palestiniens – D’où viennent-ils? Que veulent-ils? », Par l’Abbé Alain René Arbez ;  « Le grand bluff du nom “Palestine” : Petit rappel pour les “ignorants de bonne foi” ».

(2) Judée, 46 fois: Mt 2, 1. 5. 22 ; 3, 1. 5; 4, 25 ; 19, 1 ; 24, 16 ; Mc 1, 5 ; 3, 7 ; 10, 1 ; 13, 14 ; Lc 1, 5. 65; 2, 4 ; 3, 1 ; 4, 44 ; 5, 17 ; 6, 17 ; 7, 17 ; 21, 21 ; 23, 5 ; Jn 3, 22; 4, 3. 47. 54 ; 7, 1. 3 ; 11, 7 ; Ac 1, 8 ; 2, 9. 14 ; 8, 1 ; 9, 31 ; 10, 37 ; 11, 1. 29 ; 12, 19 ; 15, 1 ; 21, 10 ; 26, 20 ; 28, 21 ; Rm 15, 31 ; 2 Co. 1, 16 ; Ga 1, 22 ; 1 Th 2, 14. Juda, 6 fois: Mt 2, 6 ; Lc 1, 39 ; He 7, 14 ; 8, 8 ; Ap 5, 5 ; 7, 5.

(3) « La Palestine, pays de Jésus » ?, par Nicolas Baguelin

 

About Maheqra

Ancien universitaire et chercheur. Licence d'Histoire de la Pensée Juive de l'Université Hébraïque de Jérusalem. Spécialisé dans l'étude du Judaïsme et du christianisme dans leurs différences et dissensions, ainsi que dans leur dialogue contemporain.
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