Faut-il toujours se taire sur les péchés de son peuple?

Tiendriez-vous à Dieu un langage inique et des propos mensongers? Feriez-vous preuve de partialité si vous plaidiez avec Dieu ? Serait-il bon qu’il vous scrutât? Le tromperiez-vous comme on trompe un homme? Il vous infligera une sévère réprimande si, en secret, vous faites preuve de partialité. (Jb 13, 7-10).

Ceci est l’introduction d’un livre en cours de rédaction et de publication. Après de longs mois d’hésitation, motivée par la crainte de nuire à l’association dont je mets en cause ici deux dirigeants, j’estime ne plus devoir continuer à me taire sur leurs agissements à mon égard. Je sais que cela risque de me coûter cher, mais la vérité m’est plus chère que tout.

Si loin que je remonte dans mes souvenirs, force m’est de constater que la contradiction, l’hostilité, voire l’altérité radicale m’ont fidèlement accompagné, tels des ectoplasmes à la réalité desquels on a du mal à croire soi-même parce qu’on est seul à percevoir leur présence, et qu’en parler nous conduirait tout droit à l’internement psychiatrique. Je sais, bien sûr, que je ne suis pas seul à ce jeu-là. Des myriades d’autres êtres humains ont un sort analogue, dont ils parlent le moins possible de peur de passer pour des loosers, ou pire, des hypocondriaques, voire des paranoïaques.

Tout cela pour dire qu’on m’a souvent fait des procès d’intention. De l’avis des “bons conseilleurs”, je suis toujours trop ceci, ou pas assez cela. La poisse semble m’aimer plus que de raison et mes meilleurs amis estiment que je l’attire, voire que je m’y complais. Selon eux, il n’y a qu’à moi que cela arrive… Un souvenir me revient en mémoire, fugace, ironique. C’était vers mes trente ans. Le confident sur lequel je venais de déverser le trop-plein de ma rancoeur douloureuse, m’avait mis en garde contre ma «tendance à l’exagération». Mieux (ou pire), après m’avoir écouté (juste le temps de me donner l’impression qu’il s’intéressait à ma misère, avant de la noyer dans le torrent de la sienne), il avait estimé que je faisais beaucoup de pathos pour pas grand chose, avec mes histoires de bon Dieu et de curés. Ce qui vous arrive, avait-il énoncé péremptoirement, n’est que du «pipi de chat» en comparaison de tout ce que moi j’ai souffert…

Suite à cette mésaventure cocasse, j’ai décidé de lutter seul, à ma manière, pour me réinsérer dans la portion du troupeau chrétien où j’estimais  avoir ma place toute désignée.  La contestation endémique à laquelle j’étais en butte, me disais-je, n’avait rien à voir avec les revendications politiques, économiques et sociologiques de mes compagnons et compagnes de misère. Moi, c’est pour mes choix de vie spirituelle et mes convictions religieuses que j’étais contesté, voire persécuté. Ma cause, estimais-je, était juste, même si décalée et impopulaire dans le monde incroyant d’aujourd’hui. Aussi, loin de me laisser abattre, je combattais, je militais même, convaincu de la justesse et de la noblesse de ma cause et persuadé d’en convaincre d’autres que moi. Ma résistance dura environ une vingtaine d’années, avant de faiblir, puis de s’éteindre peu à peu.

Je m’enfonçai alors dans un silence nourricier et studieux de près de quatre décennies. Quand j’en sortis enfin, j’avais enrichi mon cerveau et mon intelligence de toutes sortes de connaissances très sophistiquées, en matière d’histoire, de  langues anciennes, et même de théologie. Et je me demandais ce que j’allais en faire. En bon catholique que j’étais alors, j’avais gardé le souvenir indélébile de la parabole des talents que le maître avait remis à ses serviteurs pour qu’ils les fassent fructifier (cf. Mt 25, 14ss.). J’en avais tout naturellement déduit qu’il m’incombait de mettre en valeur ce capital de savoir reçu, en le transmettant à d’autres qui n’avaient pas eu la même chance que moi. Sans entrer ici dans les détails du récit événementiel qu’on lira en son lieu, je résume très brièvement l’itinéraire en dents de scie, auquel m’avait comme prédestiné l’intensité de mes sentiments religieux. Et c’est peu dire que cet itinéraire apparaissait comme erratique aux braves gens qui “n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux”, comme le chantait Georges Brassens.

Avec le bagage universitaire minimal que j’avais acquis et la foule de connaissances que j’avais glanées en chemin, au fil de lectures et de recherches boulimiques, ma voie semblait tout tracée: j’enseignerais à l’université. L’une d’elles m’adressait déjà des signaux encourageants. Que j’achève seulement ma thèse en cours et j’aurais un poste envié à la faculté d’histoire des religions de l’Université Hébraïque de Jérusalem où j’avais acquis ma licence et entamé avec succès un parcours d’accès direct au doctorat en dispense de maîtrise. Aux yeux de mes maîtres d’alors, l’issue ne faisait pas de doute. C’était compter sans ma nature résolument idéaliste (certains diront “fantasque”), qui me conduisit à devenir ce que le calcul des probabilités lui-même n’aurait pu anticiper.

Nanti d’une bourse d’études – malheureusement assez plate – du gouvernement israélien, j’étais venu en Belgique, dans le cadre d’un programme européen d’échanges et de recherche, pour compléter mes connaissances en patristique et langues orientales à l’université de Louvain. Mais bien vite je fus happé par d’autres préoccupations, certes hautement méritoires, mais totalement excentrées par rapport à mon programme doctoral. En peu de temps, je me trouvai entraîné dans un maelstrom interreligieux, aussi fervent qu’improbable. L’étude du judaïsme et celle de l’hébreu étaient alors en vogue. Mon savoir de base en ces matières, rehaussé de ma connaissance – limitée au demeurant – de l’hébreu ancien et moderne, conférait à ma personne une aura de spécialiste, totalement imméritée et qui, quoi que je fisse pour la nier, attirait aux causeries que m’organisaient des admirateurs (eh, oui!) un nombre relativement honorable d’auditeurs. Dès lors (j’anticipe), j’étais perdu pour la recherche, que je délaissai progressivement au profit de ce qu’il me faut bien appeler un “apostolat” – judéo-chrétien – dont je ne suis plus sorti depuis.

Tôt rompu au maniement des ordinateurs personnels, je fus parmi les premiers à me familiariser avec l’Internet et ne tardai pas à me lancer à corps perdu dans l’information en ligne sur Israël, avec pour thèmes d’élection, la connaissance du judaïsme et du christianisme, l’histoire de leurs interrelations plus ou moins polémiques et tumultueuses au fil des siècles, et l’information sur les juifs dans le monde, l’antisémitisme et le conflit palestino-israélien. Je fus vite en mesure de me mesurer à la blogosphère et créai même un site et deux blogues[2], avant d’exposer et de diffuser mes conceptions par voie de causeries et d’articles en ligne, puis dans des livres. Au grand étonnement de mon entourage (et au mien), je publiai coup sur coup sept livres en moins de trois ans[3]. Ils étaient, bien entendu, déjà rédigés plus ou moins partiellement depuis des années, et maturaient dans la matrice de mon ordinateur, avant que je me décide à les proposer à des éditeurs.

Mon premier ouvrage[4] fut plutôt bien accueilli dans le milieu auquel il était destiné en priorité, à savoir celui des chrétiens actifs dans ce qu’on a coutume d’appeler les relations judéo-chrétiennes. Il eut même droit à une recension élogieuse dans L’Osservatore Romano[5], et bénéficia d’une présentation sur le site de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF). Plus encore que la présentation gratifiante de L’Osservatore Romano, celle de l’AJCF m’avait, si j’ose dire, donné des ailes. En effet, j’ai toujours eu la plus grande estime pour les mouvements chrétiens qui oeuvrent à une meilleure compréhension entre les juifs et les chrétiens, et j’appréciais tout particulièrement la bonne présentation et la qualité de la documentation du site de l’AJCF. Je souhaitais travailler en synergie avec cette association même si ce devait être de l’extérieur et de manière ponctuelle. J’étais alors à cent lieues d’imaginer que c’est de cette institution que me viendrait le coup le plus dur qui ait jamais frappé mon activité intellectuelle et mon action militante au service de cette cause.

Courant 2011, j’appris avec stupéfaction que le site de l’AJCF ne ferait plus état désormais de la parution de mes ouvrages. J’en sus bientôt la raison. Choquée par la double identité de juif et de chrétien que j’avais assumée, plus de trente ans auparavant, et que je confessais en toute clarté et vérité dans mon premier livre[6], sans que personne ne s’en offusque dans ce haut-lieu des relations entre les deux religions, la webmestre de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France avait décidé de faire personnellement barrage à ce qui lui apparaissait comme un scandale. Elle accomplit son premier “acte de résistance” le jour où le directeur de la revue Sens de l’AJCF lui proposa de présenter sur le site de l’Association mes deux nouveaux ouvrages accompagnés des recensions qu’il en avait faites[7]. Elle subordonna alors cette mise en ligne à l’insertion, en tête de chacun des textes, d’un avertissement bien visible rédigé en ces termes:

Menahem Macina est un catholique converti au judaïsme à l’âge adulte mais qui n’a pas renié sa foi chrétienne, ainsi qu’il l’a lui-même dit lors de la sortie de son précédent livre en 2009. Ce profil atypique, rappelons-le, n’est pas compatible avec les statuts de l’AJCF, en particulier l’article 2 où l’AJCF exclut de son activité toute tendance au syncrétisme.

Ce à quoi le professeur recenseur, choqué, se refusa catégoriquement. Merci à lui. Suite à cet incident, j’adressai une correspondance au directeur de l’association et à sa présidente, pour dénoncer ce que j’appelais le «magistère personnel» de cette personne qui se permettait de porter un jugement théologique sur le croyant et l’auteur que je suis. Jusque-là, j’étais persuadé qu’elle était seule responsable de ces menées. Simple dérapage idéologico-religieux d’une zélatrice intégriste, pensais-je. Je ne doutais pas un seul instant que, mises au courant, les autorités de l’AJCF désavoueraient énergiquement ce comportement. Toutefois, avant de saisir ces gens importants, j’eus le réflexe chevaleresque  de laisser le temps à la contrevenante de venir à résipiscence, tout en prévenant mes interlocuteurs qu’en cas de refus, j’envisageais d’aller plus haut. Mais la dame resta inflexible. J’écrivis alors personnellement à la présidente de l’association pour lui demander d’exercer son arbitrage, dont je ne doutais pas qu’il me fût favorable. La réponse ne se fit pas attendre : elle se rangeait sans hésiter à l’opinion de sa webmestre. Extraits:

[…] Il ne s’agit pas de juger votre double-appartenance, car seul Dieu juge les reins et les coeurs, et la vie spirituelle de chaque être humain lui appartient en propre. […] Mais en rendant public votre itinéraire, vous prenez le risque d’être mal compris, et par suite d’ouvrir la voie à un enthousiasme syncrétiste qui n’est en rien respectueux de la spécificité du judaïsme et du christianisme […]. Or l’Amitié judéo-chrétienne – dont l’article 2 des statuts prohibe avec beaucoup de sagesse et de fermeté tout syncrétisme comme tout prosélytisme – a une grande responsabilité pédagogique vis à vis des personnes qui consultent son site. Et comme vous le savez, nous sommes dans une période de grande confusion généralisée, de butinage religieux et spirituel, où beaucoup d’esprits rêvent que le grand Jour de la religion universelle est déjà arrivée [sic].  Et pour en rester au cadre du judaïsme et du christianisme, j’ai moi-même souvent à faire [sic] à des pasteurs évangéliques  et à des “juifs pour Jésus” qui se croient à la fin des temps … et ceci m’invite à beaucoup de prudence.

J’estimai que ce jugement, même s’il était exprimé de manière circonspecte et nuancée, constituait un procès d’intention, outre qu’il amalgamait indûment mes travaux de recherche à des billevesées sectaires. En tout état de cause, ce n’étaient ni mes recherches ni mes opinions théologiques que contestait la présidente de l’AJCF, mais mon choix de vie découlant d’une décision prise en mon âme et conscience. L’argument consistant à affirmer qu’«en rendant public mon itinéraire», je favoriserais «un enthousiasme syncrétiste qui n’est en rien respectueux du judaïsme et du christianisme», me paraissait ressortir à ce qu’on appelait jadis en chrétienté un «jugement téméraire». Le préjugé qu’il révélait et la condamnation qu’il impliquait étaient d’autant plus inadmissibles, à mes yeux,  que des théologiens de métier qui avaient recensé mon livre n’avaient rien écrit qui fût de nature à accréditer une telle accusation. En conséquence, je demandai à ce que l’affaire soit portée devant les instances supérieures de l’AJCF[8].

Etait-ce la crainte de voir l’incident déborder du cadre étroit de quatre personnes (moi compris), où il était confiné jusqu’alors, ou le résultat de la désapprobation qu’exprimèrent deux d’entre elles à l’égard à l’égard du traitement sévère dont j’étais l’objet ? – toujours est-il que, soudain, on me proposa l’arrangement suivant. Deux cadres de l’AJCF m’écriraient une lettre officielle à l’en-tête de l’association, par laquelle ils se désolidariseraient explicitement du traitement qui m’était infligé[9]. En voici les termes finaux:

Cher Monsieur Macina, nous sommes réellement consternés par la polémique dont vous êtes l’objet. Il est clair que nous nous en distancions totalement. Nous ne vous avons jamais considéré comme syncrétiste et nous  savons au contraire que vous êtes pleinement engagé dans l’oeuvre de la réconciliation entre Chrétiens et Juifs. Votre souci a toujours été d’établir un pont entre les deux traditions religieuses. […] Nos fonctions respectives au sein de l’AJCF, vous le comprendrez, ne nous autorisent pas à nous exprimer en son nom sur un conflit interpersonnel. Par contre, nous pouvons user de notre liberté de conscience et de parole pour vous exprimer notre bon témoignage et vous assurer de notre amitié.

Ce bon témoignage n’était assorti d’aucune clause expresse de confidentialité, mais il m’avait été demandé oralement de n’en faire état qu’en cas de nécessité absolue, ce à quoi j’avais acquiescé. J’estime aujourd’hui que ce cas est constitué, suite aux derniers rebondissements de cette affaire, que je vais m’efforcer de résumer ici le plus brièvement possible.

C’est par hasard que j’ai découvert le «pot aux roses». Un coup d’oeil de routine sur la page à mon nom sur Wikipedia, l’encyclopédie populaire en ligne, me révéla que plusieurs liens hypertexte qu’elle contient généraient un message d’erreur lorsqu’on les cliquait. Intrigué, je décidai de vérifier. Une chose sautait immédiatement aux yeux: ces erreurs concernaient uniquement les liens afférents au site de l’AJCF. Décidé à en avoir le coeur net, je me rendis sur le site de l’association, et là, stupeur: une requête sur mon nom dans le moteur de recherche du site révélait qu’à une exception près[10], les quelques textes me concernant avaient disparu.

Je rédigeai aussitôt un rapport détaillé que j’intitulai ironiquement «Petits meurtres entre amis… chrétiens». J’y détaillais les dégâts causés et leurs conséquences pour les internautes, en remontrant que, loin de n’affecter que les recherches sur mon nom dans le site de l’AJCF, on trouvait les mêmes liens morts générés par les suppressions des textes qui n’y figuraient plus désormais, dans les nombreuses pages Web qui, à un titre ou à un autre, évoquaient ma personne et/ou mes livres. Mon rapport comportait un long relevé des résultats de recherches effectuées par le truchement de Google sur mon nom et les titres de mes livres, lesquelles renvoyaient à des centaines de liens morts ou erronés.

Il en prit rien moins que trois semaines de lettres, messages e-mail et autres relances de ma part pour que les responsables convainquent la webmestre de restituer les textes disparus et de rectifier les mentions volontairement erronées ayant pour but de tromper les moteurs de recherche, comme, entre autres, la déformation volontaire de mon nom en “Marina” ou “Massina“, au lieu de Macina!

Le croiriez-vous? Une vérification de dernière minute me fit découvrir que l’irréductible n’avait pu se retenir de frapper encore! Plus modestement certes, mais indéniablement, en supprimant arbitrairement, dans les textes restitués, telle mention, ou tel lien qui figuraient dans leur version originale[11].

J’estimai que c’en était trop. Surtout, j’étais bien décidé à débrider l’abcès. Car, en définitive, la véritable question qu’il convient de se poser (et je gage qu’elle vous titille depuis le début de votre lecture de ce chapitre) est la suivante: Qui donc est au juste cette personne exerçant une fonction, somme toute subalterne, pour s’autoriser à exercer une censure, voire un boycott des écrits d’un auteur, contesté par certains, mais apprécié par d’autres, et que, jusqu’ici, aucune autorité n’a taxé d’hérésie ou d’enseignement subversif? Et son corollaire: pourquoi les responsables de l’Association ne mettent-ils pas bon ordre à cette situation inédite? J’ai des éléments de réponse, mais contrairement à celle qui se conduit de telle manière à mon égard et aux responsables qui la couvrent, au moins implicitement, je me garderai de formuler quelque accusation que ce soit, ne serait-ce que par souci de la réputation des personnes en cause. De même, je n’ai pas demandé que soit infligée une quelconque sanction à cette employée, malgré la faute déontologique grave qu’elle a commise en exploitant son expertise en matière de gestion de site pour nuire à ma réputation d’auteur. Enfin, bien que fondé à le faire, je n’ai pas exigé d’excuses de sa part. Par contre, ce que je ne suis pas prêt à supporter davantage, c’est le silence – qui confine à la complicité – qu’oppose la présidente de l’AJCF  à la simple question que je lui ai posée à plusieurs reprises: «Quelle est votre position en cette affaire?»

Je sais que la webmestre de l’AJCF a des attributions bien supérieures à celles de sa fonction officielle, et qu’elle s’en acquitte avec compétence. De ce fait, elle est devenue indispensable aux dirigeants, qui lui délèguent des tâches qui leur incombent et qu’ils n’ont pas toujours la possibilité ou la force d’accomplir en raison des multiples autres responsabilités auxquelles ils doivent faire face. C’est, à mon avis, la raison majeure de l’immunité morale et de l’impunité professionnelle, dont cette personne jouit indûment. Je n’ai évidemment pas qualité pour juger les responsables qui tolèrent cette situation peu commune et passablement choquante en soi, laquelle a eu pour conséquence de faire obstacle à l’expression et à la réception de ma pensée dans le milieu même auquel elle était destinée de manière privilégiée, et qui aurait dû l’accueillir en toute équité : l’Amitié Judéo-Chrétienne.

Je vois, dans cet épisode, une récapitulation significative d’autres événements antérieurs de ma vie, dont le point commun est que des «gens de bien» ont rejeté mon témoignage et fait obstacle à sa diffusion. Cet événement m’a fait comprendre une fois pour toutes que, si petit que je sois à mes propres yeux, si pécheur surtout, je ne devais plus craindre de “dénoncer à mon peuple ses péchés” (cf. Ml 3, 8), ni de démasquer les hypocrites qui “passent pour justes aux yeux des hommes” (cf. Lc 16, 15), mais “être rempli de force […] de justice et de courage, pour proclamer à Jacob son crime, à Israël son péché” (cf. cf. Is 58, 1).

Dans les chapitres qui suivront ce long préambule, je remonterai le cours événementiel de mon existence en en revisitant les épisodes qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, après avoir longtemps “regimbé contre l’aiguillon” (cf. Ac 26, 14). Tout s’est passé pour moi comme si j’étais sans cesse en butte à l’injonction courroucée du prophète Amasias, qui assurait au peuple une paix que Dieu ne l’avait pas chargé d’annoncer, à l’encontre de Jérémie, qui prophétisait le désastre: “Tu ne prophétiseras pas contre Israël, tu ne prêcheras pas contre la maison d’Isaac” (Am 7, 16). – “Que le lecteur comprenne!” (cf. Mt 24, 15).

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[1] J’y ai fait plusieurs allusions dans mes livres; voir, entre autres, Confession d’un fol en Dieu, éditions Docteur angélique, Avignon, 2012, surtout p. 131 ss.
[2] Debriefing, Rivtsion, En un seul Esprit.
[3] Chrétiens et juifs depuis Vatican II (2009) ; Les frères retrouvés (2011), réédité en livre électronique, sous le titre Si les chrétiens s’enorgueillissent ; L’apologie qui nuit à l’Église (2012) ; Confession d’un fol en Dieu (2012) ; La pierre rejetée par les bâtisseurs (2012) ;  Un voile sur leur cœur (2012) ; Les Églises face à la déréliction des juifs  – 1933-1945 (2012).
[4] Chrétiens et juifs depuis Vatican II (2009), présentation et recension par le prof. Y. Chevalier, sur le site de l’AJCF.
[5] Mise en ligne, le 1er août 2010, sur le site quasi officiel, Cristiano Cattolico.it, et également sur ceux de Zammerumaskil et de Scheggia, traduction française en ligne sur mon site rivtsion.org.
[6] «Ma foi chrétienne en la messianité du Christ est totalement indissociable de ma foi juive dans “le Royaume qui vient, de notre père David” (cf. Mc 11,10). Ma foi chrétienne dans l’accomplissement des Écritures et des prophéties dans le Christ est totalement inséparable de ma foi juive dans le rétablissement du peuple juif et de sa royauté messianique» (in Chrétiens et juifs depuis Vatican II, Op. cit., p. 357, présenté sur le site de l’association, et flanqué d’une recension très positive du prof. Yves Chevalier, directeur de Sens, la revue de  l’AJCF; voir aussi sa postface de ce livre.
[7] Il s’agit de Il s’agit de Les frères retrouvés (2011), recension par le prof. Yves Chevalier, réédité en livre électronique, sous le titre Si les chrétiens s’enorgueillissent, et de L’apologie qui nuit à l’Église (2012).
[8] Voir «Ma protestation contre le “syncrétisme” qu’on m’impute».
[9] Voir « Deux responsables de l’AJCF se dissocient de ma stigmatisation comme “syncrétiste” ».
[10] Il s’agit de l’hommage rendu à Michel Remaud, par le Fr. Pierre Lenhardt, en l’honneur de sa réception du Prix 2010 de l’Amitié Judéo-Chrétienne; bien qu’il contienne deux mentions élogieuses de ma personne, et qu’il eût certainement subi le sort des autres s’il m’avait été consacré exclusivement, la webmestre ne pouvait décemment pas le supprimer si ce n’est au détriment de Michel Remaud, d’où le maintien de ce texte sur le site.
[11] Voir «Restitutions tronquées de la présentation et d’une recension de mon ouvrage».

About Maheqra

Ancien universitaire et chercheur. Licence d'Histoire de la Pensée Juive de l'Université Hébraïque de Jérusalem. Spécialisé dans l'étude du Judaïsme et du christianisme dans leurs différences et dissensions, ainsi que dans leur dialogue contemporain.
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